ARNAUD FOURNIER – 100% Black Puzzle
Ici d’Ailleurs
Quand bien
même 2025 se situe désormais dans notre rétroviseur, il serait fâcheux de ne
pas se pencher sur quelques grands « oubliés » de l’année écoulée. L’album d’Arnaud
FOURNIER avait échappé à nos radars et il aurait été franchement dommage de
ne pas prêter une oreille attentive au premier disque solo de ce talentueux
multi-instrumentiste (guitare, cuivres…).
Originaire
d’Angers mais installé à Nantes (un homme des Pays de la Loire en somme), Arnaud
FOURNIER est loin d’être un novice. On lui doit plusieurs projets devenus
cultes : LA PHAZE, DEAD HIPPIES ou encore HINT. Et c’est
précisément à ce dernier que renvoie « 100% Black Puzzle »,
son projet solo. Pour la petite histoire, la première salve du duo inclassable
s’intitulait « 100% White Puzzle ». Trente ans plus tard, Arnaud
FOURNIER, toujours aussi libre et inspiré, pousse encore plus loin le champ
des expérimentations.
L’album
s’ouvre sur le morceau éponyme, dans une douceur trompeuse faite d’arpèges
délicats. Une pièce maîtresse de près de dix minutes dont l’univers sonore
évoque d’abord Maxime DELPIERRE, autre artiste ligérien. Le gimmick de
guitare, entêtant, installe un climat apaisé. Le calme avant la tempête. Car la
trompette réconfortante marque bientôt un point de rupture : l’orage gronde, le titre s’assombrit, se fait
plus dissonant. Distorsions de guitare, cuivres stridents et bidouillages
électroniques tordus prennent le dessus, jusqu’au retour salvateur de la boucle
de guitare et d’un saxophone plus jazzy, pour un final plus doux. « 100% Black Puzzle » débute
magistralement, avec une ouverture post-rock de très haute volée.
Arnaud FOURNIER est un touche-à-tout, et son
parcours en atteste. Il s’est toujours affranchi des étiquettes et des carcans.
« It’s The Leaving That’ll Kill You
» en est la preuve éclatante, prenant le contre-pied parfait du morceau
précédent. Plus classique dans sa structure, cet unique titre chanté porté par
une vieille connaissance (David IVAR d’HERMAN DUNE), nous entraîne du
côté du folk-rock américain le plus raffiné. La voix féminine pour les chœurs
et la trompette chaleureuse confèrent à l’ensemble une élégance indéniable. Retour
ensuite à des explorations 100 % instrumentales avec « New-York Belle-Île », courte pièce de
trois minutes qui invite au voyage. D’abord guidée par une trompette
aguicheuse, elle bifurque rapidement vers des terrains plus noisy et
chaotiques. Arrive alors la plage la plus longue de l’album, « Miroirs ». Douze minutes assez
hallucinantes. Arnaud FOURNIER y convie un autre invité de prestige : Frédéric
D. OBERLAND des magnifiques OISEAUX-TEMPETE. Impossible de ne pas
penser à eux dans ce mélange détonant de post-rock, free-jazz et ambient.
L’atmosphère, d’emblée sombre malgré la présence de cuivres et d’étonnantes
clochettes, repose sur un drone inquiétant. La tension monte progressivement,
le saxophone se fait plus strident. Puis, surgissant de nulle part, un beat
techno fracture le morceau, tandis que les guitares s’enfoncent dans un chaos
de plus en plus noisy. L’impression d’assister à une collision improbable entre
FUCK BUTTONS et GODSPEED YOU ! BLACK EMPEROR. Magistral. À
peine le temps de reprendre son souffle que les bourdonnements et sirènes
anxiogènes de la dernière pièce, « Shiny
Rebirth », surgissent. Dix
minutes d’angoisse pure, comme une bande-son horrifique, marquant le retour du
complice des débuts Hervé THOMAS. Saxophone déviant, nappes
oppressantes, drones poisseux et saturations se confondent peu à peu. Une
ultime pièce venant compléter ce fascinant puzzle noir.
Avec « 100%
Black Puzzle », Arnaud FOURNIER signe un coup de maitre. Une œuvre dense,
exigeante et sans concession. Indispensable pour les amateurs
d’expérimentations sonores et de post-rock aventureux.
Mr Caribou

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