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lundi 26 janvier 2026

ARNAUD FOURNIER – 100% Black Puzzle

 


ARNAUD FOURNIER – 100% Black Puzzle

Ici d’Ailleurs

Quand bien même 2025 se situe désormais dans notre rétroviseur, il serait fâcheux de ne pas se pencher sur quelques grands « oubliés » de l’année écoulée. L’album d’Arnaud FOURNIER avait échappé à nos radars et il aurait été franchement dommage de ne pas prêter une oreille attentive au premier disque solo de ce talentueux multi-instrumentiste (guitare, cuivres…).

Originaire d’Angers mais installé à Nantes (un homme des Pays de la Loire en somme), Arnaud FOURNIER est loin d’être un novice. On lui doit plusieurs projets devenus cultes : LA PHAZE, DEAD HIPPIES ou encore HINT. Et c’est précisément à ce dernier que renvoie « 100% Black Puzzle », son projet solo. Pour la petite histoire, la première salve du duo inclassable s’intitulait « 100% White Puzzle ». Trente ans plus tard, Arnaud FOURNIER, toujours aussi libre et inspiré, pousse encore plus loin le champ des expérimentations.

L’album s’ouvre sur le morceau éponyme, dans une douceur trompeuse faite d’arpèges délicats. Une pièce maîtresse de près de dix minutes dont l’univers sonore évoque d’abord Maxime DELPIERRE, autre artiste ligérien. Le gimmick de guitare, entêtant, installe un climat apaisé. Le calme avant la tempête. Car la trompette réconfortante marque bientôt un point de rupture :  l’orage gronde, le titre s’assombrit, se fait plus dissonant. Distorsions de guitare, cuivres stridents et bidouillages électroniques tordus prennent le dessus, jusqu’au retour salvateur de la boucle de guitare et d’un saxophone plus jazzy, pour un final plus doux. « 100% Black Puzzle » débute magistralement, avec une ouverture post-rock de très haute volée.

Arnaud FOURNIER est un touche-à-tout, et son parcours en atteste. Il s’est toujours affranchi des étiquettes et des carcans. « It’s The Leaving That’ll Kill You » en est la preuve éclatante, prenant le contre-pied parfait du morceau précédent. Plus classique dans sa structure, cet unique titre chanté porté par une vieille connaissance (David IVAR d’HERMAN DUNE), nous entraîne du côté du folk-rock américain le plus raffiné. La voix féminine pour les chœurs et la trompette chaleureuse confèrent à l’ensemble une élégance indéniable. Retour ensuite à des explorations 100 % instrumentales avec « New-York Belle-Île », courte pièce de trois minutes qui invite au voyage. D’abord guidée par une trompette aguicheuse, elle bifurque rapidement vers des terrains plus noisy et chaotiques. Arrive alors la plage la plus longue de l’album, « Miroirs ». Douze minutes assez hallucinantes. Arnaud FOURNIER y convie un autre invité de prestige : Frédéric D. OBERLAND des magnifiques OISEAUX-TEMPETE. Impossible de ne pas penser à eux dans ce mélange détonant de post-rock, free-jazz et ambient. L’atmosphère, d’emblée sombre malgré la présence de cuivres et d’étonnantes clochettes, repose sur un drone inquiétant. La tension monte progressivement, le saxophone se fait plus strident. Puis, surgissant de nulle part, un beat techno fracture le morceau, tandis que les guitares s’enfoncent dans un chaos de plus en plus noisy. L’impression d’assister à une collision improbable entre FUCK BUTTONS et GODSPEED YOU ! BLACK EMPEROR. Magistral. À peine le temps de reprendre son souffle que les bourdonnements et sirènes anxiogènes de la dernière pièce, « Shiny Rebirth », surgissent. Dix minutes d’angoisse pure, comme une bande-son horrifique, marquant le retour du complice des débuts Hervé THOMAS. Saxophone déviant, nappes oppressantes, drones poisseux et saturations se confondent peu à peu. Une ultime pièce venant compléter ce fascinant puzzle noir.

Avec « 100% Black Puzzle », Arnaud FOURNIER signe un coup de maitre. Une œuvre dense, exigeante et sans concession. Indispensable pour les amateurs d’expérimentations sonores et de post-rock aventureux.

 

Mr Caribou


Bandcamp

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mercredi 24 décembre 2025

Le Bilan de Mr CARIBOU

 Un bilan bien chargé pour Mr CARIBOU qui a lâché les rênes pour nous offrir des tops albums multi-styles !! Une année 2025 très riche avec pleine de découvertes mais aussi de confirmations.

MEILLEURS ALBUMS 2025 (toutes catégories confondues) :

    


     1- IMPERIAL TRIUMPHANT « Goldstar »

Trio Black/death/jazz qui avance masqué

https://imperialtriumphant.bandcamp.com/album/goldstar-24-bit-hd-audio

 




     2- PANDA BEAR « Sinister Grift »

Beach Boys assistés par ordinateur

https://pandabearmusic.bandcamp.com/album/sinister-grift

 




     3- HORSEGIRL « Phonetics On and On »

Indie-rock eighties 100% féminin

https://thisishorsegirl.bandcamp.com/album/phonetics-on-and-on

 




    4- POPULATION II « Maintenant Jamais »

Rock psyché chanté dans la langue de Céline Dion

https://population2.bandcamp.com/album/maintenant-jamais

 



    5- REST UP « Real Sensations »

Post-punk/noise made in Angers

https://restuplads.bandcamp.com/album/real-sensations-2

 

Meilleurs albums punk-rock/post-punk/noise/math-rock 2025 :

 

mercredi 3 décembre 2025

WAVEPOOL - Crayola [EP]

 


WAVEPOOL - Crayola [EP]

Howlin Banana

 

On ne présente plus le label indie HOWLIN BANANA et son impeccable catalogue : TH DA FREAK, JOHNNIE CARWASH, JOHNNY MAFIA... Dernière pépite en date dégotée par le label francilien, le quintet rouennais WAVEPOOL. Actif depuis 2024, cette joyeuse bande pourrait s'imposer comme l’une des révélations les plus prometteuses de la scène indie hexagonale. Leur premier EP "Crayola" aux accents shoegaze, dream-pop et indie-rock est en tout cas une réussite.

Les Normands déploient tout au long de ces six titres un sens de la mélodie hors pair. Le morceau d'ouverture "Blue Moon" pose le ton. Rythme mid-tempo, harmonies vocales, ligne de basse accrocheuse, alternance de guitares cristallines ou nerveuses, refrain imparable. Bref, la bande-son parfaite pour une virée en voiture, les vitres ouvertes en fin d'été. Ambiance plus automnale et mélancolique sur le délicat "Assumptions". Mention spéciale sur ce titre au chant féminin très classe et à l'utilisation inspirée d'un clavier vintage. Une voix nous invite à la plus grande attention sur "Blurry World", pépite indie-pop dont le gimmick de synthé fait des étincelles. Le chant vaporeux peut faire penser notamment à MELODY'S ECHO CHAMBER. Plus shoegaze, "Tiny Cowboy" évoque lui le meilleur des COCTEAU TWINS. Ce titre, porté par sa rythmique chaloupée, installe une atmosphère presque hypnotique. "Shell" très minimaliste et doux dans sa première moitié monte subitement en pression pour un final plus bruitiste à la SLOWDIVE. L'EP des cinq Normands touche déjà à sa fin avec "In Thrall" qui laisse plus de place en chant masculin. Un titre plus tonique qui introduit une diversité musicale intéressante pour le combo rouennais. 

Bénéficiant d'une production de qualité, "Crayola" est une belle promesse shoegaze / dream-pop. Avec son goût pour la langueur mélancolique et sa maitrise des contrastes entre saturation et douceur WAVEPOOL est promis à un avenir radieux.  

 

Mr Caribou

Titre préféré :                      Tiny Cowboy

 

https://wavepoolfr.bandcamp.com/album/crayola

https://www.instagram.com/wavepool.band



mardi 28 octobre 2025

TOTORRO - Sofa So Good

 


TOTORRO - Sofa So Good

Recreation Center


On commençait à ne plus y croire. Dix ans quasiment après l'étincelant "Come To Mexico" les pétaradants TOTORRO signent enfin leur retour discographique avec "Sofa So Good". Mais ne nous y méprenons pas, les Rennais ne se sont pas pour autant tournés les pouces. Cette longue période leur a permis notamment de se consacrer à d'autres aventures musicales (DO IT LATER, LA BATTUE...) ou plus récemment de sillonner de nouveau les routes ensemble. Dès les premières secondes de "
Bang Bang", qui ouvre ce troisième opus, on retrouve cette signature immédiatement reconnaissable : intro un poil funky, guitares chatoyantes, rythmiques en cascade, énergie contagieuse...TOTORRO revient comme un vieux cousin perdu de vue : à la première note, les souvenirs affluent, et tout redevient familier. Pas de doute, ils restent les maitres en France du rock instrumental nerveux et bondissant. "Matthews Bridge", plus puissant, enfonce le clou. Un titre qui démontre une nouvelle fois que la musique des Rennais, parfois d’une technicité folle, reste malgré tout accueillante et instinctive. "New Music" démarre délicatement avec une ambiance limite caribéenne. Après une incursion indie-rock, le titre prend ensuite une tournure plus post-rock (guitares cristallines et basse saturée à la EXPLOSIONS IN THE SKY). Le morceau se termine en beauté dans un final plus musclé marqué par un riff de guitare addictif.  Avec "Destiny Chives" (TOTORRO est un groupe 100% instrumental qui aime bien jouer avec les mots dans le choix de ses titres) dévoile une facette plus contemplative. Des rythmiques un peu jazzy alternent avec des passages plus rugueux. On notera par ailleurs la production limpide de ce troisième opus enregistré par Boris Saidini, batteur de BIRDS IN ROW et PAIN MACHINE. Le titre éponyme "Sofa So Good" fait office d'interlude, une respiration bienvenue qui donne presque envie de s'assoupir sur le canapé. TOTORRO retrouve son dynamisme sur le sautillant "Sensation IRL". Un titre qui multiplie les breaks, entre accélérations fulgurantes et accalmies, un vrai parcours de montagnes russes. Les sonorités tropicales font leur retour sur l'intro de "Bernard Guez" qui monte ensuite en intensité grâce à un riff super efficace. Avant l'explosion finale, le groupe joue une nouvelle fois sur les contrastes entre tension et moments plus suspendus. Moins enjoué, "Bonnet Free Jazz"  dévoile un visage plus frontal et brutiste. "Smile Paste", chevauchée post-rock de plus de 7 minutes clôture l'album en beauté. Entre entame cinématographique, math-rock énergique, lente montée en pression et final délicat, ce morceau phare montre tout le savoir-faire du quatuor. 

Avec "Sofa So Good", TOTORRO réussit un retour brillant après dix ans d'absence. Les Rennais n'ont rien perdu de leur éclat et confirment leur place incontournable dans le rock instrumental français. 

Mr Caribou

 

Titre préféré :                                 New Music

 

https://totorro.bandcamp.com/album/sofa-so-good

https://www.facebook.com/totorrototorro/#



dimanche 28 septembre 2025

PAMPLEMOUSSE - Porcelain

 


PAMPLEMOUSSE - Porcelain

A Tant Rêver du Roi


PAMPLEMOUSSE a plus que jamais envie d'en découdre. Deux ans à peine après "Think Of It", le duo (une batterie + une guitare/basse) revient à la charge avec un quatrième album intitulé "Porcelain". "Porcelain", une vieille histoire pour le groupe désormais établi en Lorraine (bye bye la Réunion). C'est tout simplement le nom d'un titre de leur second opus "High Strung", celui avec lequel nous avons fait connaissance avec le combo noise-rock. C'était juste avant la pandémie. Une éternité.

Signé sur l'excellent label palois A Tant Rêver du Roi, "Porcelain" permet à PAMPLEMOUSSE de franchir une nouvelle étape dans son parcours singulier. S'inscrivant dans la continuité de "Think Of It", cette nouvelle production intransigeante affine encore un peu plus le style de PAMPLEMOUSSE. A savoir un mélange de noise-rock tendu et indie-rock musclé, dans une ambiance très nineties. On pense autant à JESUS LIZARD qu'à SLOY ou CHOKEBORE. Dès l’ouverture "More Beautiful Than Madonna", le ton est donné : riff tranchant, rythmique implacable, chant venu du fond du garage. Ce court single, déjà dévoilé avant la sortie, résume bien l’album : urgence et intensité, mais sans sacrifier l’accroche mélodique. Après cette première déflagration, PAMPLEMOUSSE ralentit la cadence et prend son temps sur l'étouffant "Smile The Num". Les lentes et lourdes frappes de batterie de Sarah répondent au riff légèrement bluesy de Nicolas. On pense au son de Chicago et à SHELLAC. Le morceau, pas avare en changements de rythmes, prend ensuite une tournure plus noisy. PAMPLEMOUSSE repart au front sur "The Big Speakers", titre abrasif à la tonalité punk-rock et grunge qui peut évoquer le NIRVANA des débuts.

Plus mélancolique et flottant, "Miami Blue" est une pépite indie-rock/shoegaze. La voix déformée de Nicolas semble lointaine. "Instrumental" qui porte bien son nom, est une respiration bienvenue. Dans sa première moitié en tout cas car la tension est palpable à mesure que le morceau avance. L'équilibre entre vacarme et mélodie fait également mouche sur le brumeux "Snowball". On y retrouve à travers ce morceau la force émotionnelle d'un CHOKEBORE. Pour citer d'autres références plus récentes, on pense aux Américains de NO AGE sur "Bad Penny", autre duo guitare/batterie adepte des expérimentations noise-rock et garage. "Every Story Has A End", titre punk-rock au refrain irrésistible est taillée pour rester dans la tête tout en brûlant les tympans. Nous ne sommes pas au bout de nos surprises avec nos deux compères qui proposent pour clôturer l’album un long format étonnant. Les huit minutes de "Brick Head" commencent d'abord comme du PAMPLEMOUSSE pur jus. Puis s'aventurent sur un terrain beaucoup plus expérimental et hypnotique digne de SONIC YOUTH ou GODSPEED YOU! BLACK EMPEROR. Une tempête sonore bourrée de larsens et bizarreries sonores. Puissant !

 

Avec "Porcelain", quatrième jalon d'une discographie déjà solide, PAMPLEMOUSSE nous livre son album le plus abouti. Dense et exigeant, il conserve la puissance et la rugosité des débuts tout en explorant davantage les nuances et les contrastes. Une réussite !

Mr Caribou

 

Titre préféré :                    Miami Blue

 

 

https://pamplemoussetheband.bandcamp.com/album/porcelain

https://www.facebook.com/pamplemousseband

 


vendredi 29 août 2025

TENNGER – S/T

 


TENNGER – S/T

autoproduction


Il y a des disques qui ne se donnent pas tout de suite. Mais qui finissent par nous habiter au fil des écoutes. La dernière production du trio TENNGER appartient à cette catégorie. Sorti en autoproduction en toute discrétion au printemps, le EP 5 titres proposé par les Toulousains est l'éloge de la lenteur et de la délicatesse. Pour sa deuxième livraison (un premier EP avait déjà vu le jour en 2022), le combo de Toulouse navigue aux confins du slowcore et du post-rock atmosphérique. On pense notamment à des groupes aussi cultes que SLINT ou DUSTER à l'écoute de ces 5 compositions sobres mais inspirées. Dès les premières mesures du morceau d’ouverture "
Aside", on comprend que l'expérience sera presque méditative. La délicate introduction de trois minutes laisse place au chant murmuré (comme dans DUSTER) et à une rythmique chirurgicale. La tension monte crescendo, la guitare se fait plus incisive et la batterie plus explosive. Le deuxième morceau prend un peu le contrepied du titre introductif. Plus noisy, frontal et puissant, "Duel" est un excellent titre de rock instrumental (le chant y est quasiment absent). La voix toute en retenue d'Alec se fait plus présente sur le mélodique "Street Staff", titre qui s'inscrit dans une veine plus slowcore. "Pouring Tree" montre le versant plus indie-rock de TENNGER. Le titre charme par sa ligne de basse accrocheuse et son final plus bruitiste. Le chant y est plus affirmé, moins chuchoté. Une coloration musicale qui rappelle certains titres mid-tempo de LYSISTRATA. Le EP éponyme des Toulousains se conclut avec le poignant "Alone". Dans un format assez ramassé (5 minutes), cette dernière pépite post-rock nous rappelle vraiment le meilleur de SLINT.


En creusant plus profondément encore leur sillon lent et abrasif, TENNGER affine son langage. On croise les doigts pour que le trio toulousain s’installe dans le paysage du slowcore hexagonal et retienne un plus l'attention qu'il mérite. 

Mr Caribou

 

Titre préféré :                    Aside

 

https://tenngerband.bandcamp.com/album/tennger

https://www.facebook.com/tenggerband



jeudi 21 août 2025

POPULATION II - Maintenant Jamais

 


POPULATION II Maintenant Jamais

Bonsound

POPULATION II ne chôme pas. Deux ans à peine après l'excellent "Electrons Libres du Québec", le trio de Montréal a signé son retour au printemps avec le touffu "Maintenant Jamais". Et pour faire patienter les fans les plus pressés, les Québécois nous ont gratifiés l'année dernière de 2 EPs. Malgré cette hyperproductivité, l'inspiration du groupe atteint des sommets sur ce troisième album. Si les Canadiens convoquent toujours les esprits du psychédélisme des années 60-70 en mélangeant avec succès prog, krautrock, funk, garage et même hard-rock, leur musique s'avère très moderne. Les quatorze titres tous d'une durée inférieure à 5 minutes composent un kaléidoscope étrangement cohérent. "Maintenant et Jamais" constitue la première secousse. Sur une base très rock pysché, le titre est à la fois groovy (la basse de Sébastien Provençal fait des merveilles), électrique et expérimental (la deuxième partie de cette introduction est exclusivement instrumentale). On retrouve également avec plaisir le chant en français du batteur Pierre-Luc Gratton. Ses paroles énigmatiques et sa voix sous-mixée font aussi le sel de POPULATION II. C'est le cas notamment sur "Prévisions" qui voient les guitares fuzz rompre la quiétude qu'offrait initialement ce titre. Si l'interlude "Macavélique Rock" emprunte des sonorités plus métal, "Haut Fond" est plus minimaliste et apaisé. Les nappes de clavier et la basse moelleuse nous accrochent d'emblée. "Mariano (Jamais je n'oublierai)" est un véritable tube en puissance. Si Pierre-Luc Gratton semble se délecter de l'emploi du passé simple, c'est la production minutieuse de ce morceau qui impressionne. Chaque instrument semble être à sa place dans cette petite bombe à la fois groovy et cosmique. Les Montréalais haussent le ton sur la "Trippance", leur titre le plus musclé. Les gros riffs, la batterie volcanique et les bidouillages dégagent une ambiance très seventies. Difficile de détailler l'ensemble des compositions de "Maintenant Jamais" tant l'album regorge de pépites. Les expérimentations psychédéliques et haut perchées sur l'enchainement "Poudreuse Blues" et "i + i" sont imparables. Deux titres courts qui donnent toutefois l'impression d'avoir traversé plusieurs mondes tant la palette sonore est large. Le chaloupé "Le Thé est Prêt" impressionne par ses changements de rythme. Plus proche du hard-rock et du garage, "Redemption Naturelle" fait penser à OSEES ou aux Français de SLIFT pour lesquels les Québécois ont assuré la première partie en début d'année. Après une cavalcade funky et allumée ("La Cache"), l'album se conclut en beauté avec l'étonnant "Cardinaux", morceau prog-rock raffiné. 


Avec l'ambitieux "Maintenant Jamais", nos électrons libres du Québec frappent un grand coup. Moins bruyante qu'à leur début, la musique foisonnante de POPULATION II se déguste comme une succession d'hallucinations sonores. Elle est l'œuvre en tout cas d'un groupe libre mais injustement sous-coté. Magiques sur disque, les Canadiens le sont tout autant sur scène pour ceux qui ont la chance de croiser leur chemin. 

Mr Caribou

 

Titre préféré :                    Mariano (Je ne t'oublierai pas)

 

https://population2.bandcamp.com/album/maintenant-jamais

 https://www.facebook.com/populationii



jeudi 10 juillet 2025

TH DA FREAK - Negative Freaks

 


TH DA FREAK - Negative Freaks

Howlin Banana Records

Les prolifiques TH DA FREAK nous ont inquiétés. Deux ans sans nouvelle, c'est rarissime pour le projet de Thoineau Palis. Car celui-ci enquille les albums depuis une petite dizaine d'année. Quatorze au compteur pour être précis pour l'homme à tout faire du combo bordelais. On commençait à se dire que la machine lo-fi s’était enrayée. Que nenni, un quinzième album "Negative Freaks" a débarqué au printemps, toujours aussi libre, toujours aussi dense et influencé par les années 90. Et il s'agit peut-être de l'œuvre la plus collective de TH DA FREAK puisque l'album a été enregistré en 15 jours en conditions live, avec les membres habituels présents sur les tournées du groupe. On y retrouve notamment Sylvain, le frère de Thoineau, la tête pensante de SIZ.

"Was Made" démarre sur un faux rythme. TH DA FREAK semble vouloir prendre son temps avant de balancer un refrain fédérateur très grungy. La marque de fabrique du groupe. Les Bordelais nous gratifient lors cette entame de petites dissonances et bizarreries sonores bien pensées. En parfait équilibre entre mélodie et intensité, TH DA FREAK n'a pas perdu la main. Plus power-pop, "Kelso" oscille entre la lourdeur (les guitares) et la légèreté (le chant). La pression baisse d'un cran sur "7 Pairs of Keys". Mais ce calme apparent ne dure guère longtemps. La saturation et la puissance des Girondins reprennent vite le dessus. L'usage des synthés est très pertinent sur ce morceau. Ils s'imposent discrètement à plusieurs reprises tout au long de l'album et nappent les morceaux d’une couleur un peu plus rêveuse, parfois plus anxieuse. On retrouve les claviers sur le bondissant "Rage is Consuming" qui fait preuve d'une belle énergie punk. Malgré sa productivité, TH DA FREAK ne s’enferme jamais dans la redite comme le prouve "Infinite Love", très mid-tempo. L'album prend ensuite une tournure un plus noisy. Le gros riff introductif de "Dont' Leave the Town" en atteste. "I'm Still" est une petite bombe grunge bien heavy d'une redoutable efficacité. Guitares cradingues, synthé un peu barré, batterie infatigable et hurlements font bon ménage. TH DA FREAK ne faiblit pas sur les tonitruants "Family Time" et "Snooby", deux titres courts électrisants. Il fallait bien une balade un peu perchée pour calmer le jeu. "Shut It" et sa tournure un peu psychélique développent des sonorités qui peuvent évoquer les FLAMING LIPS. Un peu de répit avant de conclure magnifiquement "Negative Freaks". Tout d'abord, "Lost In the Kids", titre qui balance entre indie-rock, power-pop et shoegaze. Assez pop malgré les guitares fuzz, "White Punk Ass" sent bon les nineties et termine en beauté ce quinzième opus de nos Bordelais préférés.

 

Une énième production qui n'entame en rien la fraicheur de TH DA FREAK qui reste un de mes meilleurs ambassadeurs du grunge à la française. 

Mr Caribou

 

Titre préféré :                    Rage is consuming

 

https://thdafreak.bandcamp.com/album/negative-freaks

https://www.facebook.com/thdafreak



 

dimanche 18 mai 2025

//LESS - Crawl in the Blur

 


//LESS - Crawl in the Blur

A Tant Rêver du Roi

 

Nouvelle signature du très inspiré label palois A Tant Rêver du Roi, //LESS va ravir les amateurs de noise-rock qui tabasse. Avec une économie de moyens (2 basses, 1 batterie, et oui la guitare est restée au placard), les Tourangeaux franchissent régulièrement le mur du son. C'est en arpentant les scènes (une centaine de concerts au compteur quand même !) que //LESS a trouvé son style qui navigue entre post-punk rugueux, noise-rock et expérimentations bruitistes. Le trio avait également pu se faire la main en 2023 avec un premier EP prometteur. Il transforme l'essai avec un premier album "Crawl in the Blur" composé de 12 titres dévastateurs. La puissance de feu de //LESS est déjà bien en place sur l'introductif "That Kind of Man". Brutal tout en étant finalement accessible, ce titre fait penser à METZ. Comme chez les Canadiens, on y trouve un riff imparable, un déluge de larsens, un petit penchant indus et un chant parfois hurlé qu'on croirait venir du fond du garage. Tout aussi intense et bruitiste "Bury the Pig est une véritable petite bombe noisy. Le son est tranchant, l'équilibre entre la basse saturée et celle plus groovy est parfait. Le jeu de batterie très physique fait également forte impression. Le combo tourangeau n'offre aucun répit, la 3eme salve arrive très vite. Un son de basse très "bleachien", "Burn" nous ramène effectivement à la fin des années 80 et au début de NIRVANA. 5 minutes de sauvagerie et de hargne qui nous scotchent littéralement. //LESS accélère la cadence et fait preuve d'une belle énergie punk sur l'expéditif "Stress Place". Le noise-rock torturé de "Disappear" fait mouche avec son refrain accrocheur, sa rythmique robotique et son final noisy. On reprend notre respiration sur la douce intro de "My Sentence". Mais très vite le gros son de basse et les décibels font leur retour. Le chant semble parfois sortir d'un porte-voix. Malgré la tension, ce morceau se révèle finalement assez catchy grâce à certaines parties vocales accrocheuses. Les Tourangeaux poussent encore un peu plus loin les expérimentations sonores sur le titre éponyme "Crawl in the Blur" ou sur l'exigeant "The Reason". Un gimmick noisy imparable jalonne le heavy et schizophrénique "Make Them Bleed". Une nouvelle déflagration qui associe cette fois-ci GODFLESH à METZ. Le trio magique ne relâche pas la pression. "The Pill" et "Joy is Sad" semblent gagner encore un peu plus en sauvagerie. "Can't Run Away From Myself", barré et jubilatoire, conclut parfaitement l'album : intense, truffés de changements de rythme et d'explosions de larsens, du //LESS pur jus. 


Avec "Crawl in the Blur", //LESS signe un premier album viscéral, tendu, sans compromis. Un concentré de fureur et de maîtrise qui confirme tout le bien qu’on pensait d’eux après leur EP. Le noise-rock made in Tours a trouvé ses nouveaux ambassadeurs. Il nous tarde de les découvrir sur scène.

Mr Caribou

 

Titre préféré :                    Disappear

 

https://lessmusic.bandcamp.com/album/crawl-in-the-blur

https://linktr.ee/Lesstheband



mercredi 30 avril 2025

marcel - O Fornaiz

 


marcel - O Fornaiz

Luik

marcel (sans m majuscule) est de retour deux ans après son premier album "Charivari". Le quatuor belge semble passer la vitesse supérieure sur "O Fornaiz", grand bordel musical jubilatoire. Ou noisy pot-pourri comme le décrit si justement la page bandcamp du combo wallon. Car marcel a le chic pour sortir son post-punk/noise rock des sentiers battus. Les fausses pistes et embardées sont nombreuses. Les belges ne s'interdisent rien : longue pièce de 10 minutes ou petite bombe ultra courte, intégration de sonorités reggae, drum 'n' bass ou d'ambiance de fête foraine...

La patte de Ben Hampson se fait sentir dès l'inaugural et explosif "Allegro Barbaro". Car on pense immédiatement au son de DITZ, groupe produit par ledit Hampson. La voix éraillée d'Amaury Louis évoque également celle de Dara Kiely, leader du groupe Irlandais GILLA BAND. The EX et JESUS LIZARD semblent également être une source d'inspiration pour le groupe d'Arlon. Ou encore les compatriotes IT IT ANITA sur l'intense "Task For Diane". Porté par une ligne de basse imparable, le teigneux "The Diggger" surprend par ces effets de voix et par ce dénouement très expérimental : piano bancal, larsens et drones y font bon ménage. Plus noisy et frontal, "Basho Basho Basho" est d'une intensité redoutable. Changement d'ambiance sur le déjanté "St Glin Glin". D'abord solaire et dansant avec son rythme funky, ce morceau marque la nouvelle apparition du vocoder. Des notes de piano viennent ensuite brouiller les pistes. On ne l'avait pas vu venir mais le titre prend une tournure jungle avant un final chaotique et bruitiste. L'énergie punk est bel et bien de retour sur le tendu "Innersummer". En tout cas, dans sa première partie car marcel nous prend encore par surprise au milieu du morceau en partant dans une direction plus mélodique et indie-pop. Avant qu'une corne de brume de discothèque et le brouhaha viennent finalement tout saboter. Les bégaiements criards d'Amaury et le riff bien senti nous grisent sur "Sulf". Mais cette belle mécanique est vite interrompue et laisse place à long pont faisant la part belle aux guitares dissonantes. Mais nous ne sommes pas au bout de nos surprises avec nos quatre joyeux drilles qui se lancent en français sur le délirant "Entartete Pop". Rythme groovy et choeurs féminins, on se situe clairement à mille lieux du post-punk/noise rock. Un pas de côté qui se confirme sur "Manu Militari", mélange de dub et de punk façon the CLASH. Retour au basique ensuite sur l'expéditif et nerveux "Spirit of Eden Hazard Kicking Ball-Boy". marcel se permet une dernière fantaisie pour clôturer son deuxième opus avec un long morceau approchant les 10 minutes. Un titre épuré qui nous plonge dans une ambiance de folk acoustique et psychédélique à la Léonard Cohen. Marcel est définitivement un groupe libre. 

 

Ce deuxième album est en tout cas une belle réussite qui réserve son lot de surprises. Pour amateurs de post-punk/ noise rock...Mais surtout de hors-piste. 

 

Mr Caribou

 Titre préféré :                                           Sulf 

 

 

https://vive-marcel.bandcamp.com/album/fornaiz

https://www.facebook.com/vive.marcel