samedi 31 janvier 2026

LOONS – Life Is

 


LOONS – Life Is

Howlin Banana / Head Records / Les Disques du Paradis

 

LOONS fait partie de ces groupes précoces dont on vante la qualité partout en France, un peu à la manière de Lysistrata il y a quelques années ou de Rest Up aujourd’hui… Les trois minots viennent de Montpellier, ont déjà sorti un EP en 2022 et secouent toute la scène avec ce premier album, Life Is, sorti en coproduction chez le très prolifique Howlin Banana, Head Records et Les Disques du Paradis.

L’album est produit par un orfèvre : Amaury Sauvé. Le lavallois est devenu un maître quand il s’agit de donner un son énorme à un groupe. On connaît la qualité de ses travaux avec Amanda Woodward, Birds In Row, Wank For Peace

 

LOONS, qui signifie « fou » ou « dérangé » en anglais commence très fort avec Among The Mourners.  On découvre un punk aux racines grunge prononcées avec de belles mélodies, une voix claire, un passage calme et un plus rugueux : de bons ingrédients pour un superbe morceau de début d’album. On apprécie aussi Fight Scene avec son sens des mélodies et son refrain ultra accrocheur, le morceau se durcit et devient rageur. Ce côté un peu fou on le retrouve également sur Stef qui se fait plaisir dans sa deuxième moitié en partant dans des délires sonores. Le côté indie pop ressort sur My Way, Spectre ou Now I Sigh avec leurs refrains bien sentis. Loons me rappelle alors les bordelais de SIZ. Puis le groupe va plus loin et s’aventure sur des pistes post-hardcore (Katag) jouant sur l’émotion. Solar se révèle très pop et aérien, cassant volontairement la fougue du début de l’album. Et il est intéressant de voir ce jeune groupe, dès son premier album offrir autant de variété et de maturité. Bravo !

 

Un joli album qui rappelle les années 90 alors que ses membres ne les ont pas connues. C’est intéressant ! Mais surtout, c’est superbement bien fait. Life Is navigue avec une habilité déconcertante entre morceaux énervés grunge, mélodies précises et touches pop. Une belle découverte !

 

J. NeWSovski

 

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lundi 26 janvier 2026

ARNAUD FOURNIER – 100% Black Puzzle

 


ARNAUD FOURNIER – 100% Black Puzzle

Ici d’Ailleurs

Quand bien même 2025 se situe désormais dans notre rétroviseur, il serait fâcheux de ne pas se pencher sur quelques grands « oubliés » de l’année écoulée. L’album d’Arnaud FOURNIER avait échappé à nos radars et il aurait été franchement dommage de ne pas prêter une oreille attentive au premier disque solo de ce talentueux multi-instrumentiste (guitare, cuivres…).

Originaire d’Angers mais installé à Nantes (un homme des Pays de la Loire en somme), Arnaud FOURNIER est loin d’être un novice. On lui doit plusieurs projets devenus cultes : LA PHAZE, DEAD HIPPIES ou encore HINT. Et c’est précisément à ce dernier que renvoie « 100% Black Puzzle », son projet solo. Pour la petite histoire, la première salve du duo inclassable s’intitulait « 100% White Puzzle ». Trente ans plus tard, Arnaud FOURNIER, toujours aussi libre et inspiré, pousse encore plus loin le champ des expérimentations.

L’album s’ouvre sur le morceau éponyme, dans une douceur trompeuse faite d’arpèges délicats. Une pièce maîtresse de près de dix minutes dont l’univers sonore évoque d’abord Maxime DELPIERRE, autre artiste ligérien. Le gimmick de guitare, entêtant, installe un climat apaisé. Le calme avant la tempête. Car la trompette réconfortante marque bientôt un point de rupture :  l’orage gronde, le titre s’assombrit, se fait plus dissonant. Distorsions de guitare, cuivres stridents et bidouillages électroniques tordus prennent le dessus, jusqu’au retour salvateur de la boucle de guitare et d’un saxophone plus jazzy, pour un final plus doux. « 100% Black Puzzle » débute magistralement, avec une ouverture post-rock de très haute volée.

Arnaud FOURNIER est un touche-à-tout, et son parcours en atteste. Il s’est toujours affranchi des étiquettes et des carcans. « It’s The Leaving That’ll Kill You » en est la preuve éclatante, prenant le contre-pied parfait du morceau précédent. Plus classique dans sa structure, cet unique titre chanté porté par une vieille connaissance (David IVAR d’HERMAN DUNE), nous entraîne du côté du folk-rock américain le plus raffiné. La voix féminine pour les chœurs et la trompette chaleureuse confèrent à l’ensemble une élégance indéniable. Retour ensuite à des explorations 100 % instrumentales avec « New-York Belle-Île », courte pièce de trois minutes qui invite au voyage. D’abord guidée par une trompette aguicheuse, elle bifurque rapidement vers des terrains plus noisy et chaotiques. Arrive alors la plage la plus longue de l’album, « Miroirs ». Douze minutes assez hallucinantes. Arnaud FOURNIER y convie un autre invité de prestige : Frédéric D. OBERLAND des magnifiques OISEAUX-TEMPETE. Impossible de ne pas penser à eux dans ce mélange détonant de post-rock, free-jazz et ambient. L’atmosphère, d’emblée sombre malgré la présence de cuivres et d’étonnantes clochettes, repose sur un drone inquiétant. La tension monte progressivement, le saxophone se fait plus strident. Puis, surgissant de nulle part, un beat techno fracture le morceau, tandis que les guitares s’enfoncent dans un chaos de plus en plus noisy. L’impression d’assister à une collision improbable entre FUCK BUTTONS et GODSPEED YOU ! BLACK EMPEROR. Magistral. À peine le temps de reprendre son souffle que les bourdonnements et sirènes anxiogènes de la dernière pièce, « Shiny Rebirth », surgissent. Dix minutes d’angoisse pure, comme une bande-son horrifique, marquant le retour du complice des débuts Hervé THOMAS. Saxophone déviant, nappes oppressantes, drones poisseux et saturations se confondent peu à peu. Une ultime pièce venant compléter ce fascinant puzzle noir.

Avec « 100% Black Puzzle », Arnaud FOURNIER signe un coup de maitre. Une œuvre dense, exigeante et sans concession. Indispensable pour les amateurs d’expérimentations sonores et de post-rock aventureux.

 

Mr Caribou


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jeudi 22 janvier 2026

FUCK IT – Blind [EP]

 


FUCK IT – Blind [EP]

Old Chicks Records

 

Mon premier contact avec FUCK IT, c’était à travers guts (2023), leur EP précédent, et leur interview dans Good Friends (un clin d’œil à Jean-Louis pour le coup de projecteur). Trio féminin de Clermont Ferrand, très punk, il signe ici son 3ème EP en 5 ans.

L’identité visuelle de FUCK IT mérite le détour : une pochette sobre en noir et blanc, zébrée d’un éclair jaune qui tranche comme un coup de poing. Ce choix graphique, à la fois brut et efficace, crée une cohérence et une continuité entre leurs trois EPs, comme une signature visuelle de leur univers. C’est plutôt rare de voir ça et je trouve ça cool.

Blind ouvre le bal avec une énergie punk garage qui claque : le chant, puissant et charismatique, n’est pas sans évoquer Lisa Kekaula (The Bellrays). L’EP enchaîne sans temps mort avec In And Out, un titre dans la pure tradition Riot Grrrl, où la rage et la mélodie s’équilibrent à la perfection.

Not an animal aborde le sujet des femmes et la toxicité masculine, le rythme est plus lent et derrière Dig Me Out en rajoute une couche avec des dissonances noise appuyées par un tempo encore abaissé. Mais FUCK IT remonte en puissance avec Every Morning très punk avec cette voix si singulière. Le final se fait de belle manière avec Tears in my heart mélange de punk et de post-rock, définitivement original et fortement plaisant.

 

 

Toujours totalement DIY, le groupe sort cet EP sur sa propre structure, Old Chicks Asso.

 

Il me tarde des les découvrir sur scène car le groupe doit y être explosif. En attendant, ce 3ème EP est une nouvelle réussite en affirmant son propre style.

 

J. NeWSovski

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Linktree



samedi 17 janvier 2026

WAKE THE DEAD – The Great Disappointment

 


WAKE THE DEAD – The Great Disappointment

Useless Pride Records


Après l’excellent Still Burning en 2020, huit titres percutants et un line-up renouvelé (batteur et chanteur), Wake The Dead confirmait déjà sa capacité à rebondir et se réinventer ce qui n’est pas simple surtout quand on parle de la signature vocale. Mais en 2023-2024, nouveau rebondissement : Vincent cède le micro à Aleksandra. Contre-pied parfait puisqu’elle insuffle un nouveau vent de fraîcheur au groupe.

La belle introduction de The Great… plante le décor avant que Break Up ne lance l’album sur des rails hardcore, énergiques et sans concession, rappelant l’efficacité d’un Comeback Kid. Les Marseillais assument pleinement leur héritage, leur filiation, mais Aleksandra, par sa présence vocale, évoque aussi, évidemment, Walls Of Jericho ou les premiers Stinky. Les riffs, tranchants comme des lames, ne laissent aucun répit.

 

Plus modern hardcore sur son traitement, with no regrets enchaîne de belle manière avec un refrain bien senti. J’aime la façon dont est construit l’album avec des touches punk disséminées par ci par là, notamment sur Cowspiracy et son titre sans équivoque, qui fait référence au documentaire de Kip Andersen et Keegan Kuhn, réédité en 2015 sur Netflix et produite par Léonardo DiCaprio. Wake The Dead est porteur de messages tous axés vers la planète, c’est le thème global de l’album, en approchant la pollution, l’élevage intensif et son impact environnemental…

Pour moi le titre majeur est Marseille City, plus qu’un titre, plus qu’un hymne ce morceau est monstrueux ! Avec son entrée en matière digne de Madball et son refrain obsédant, ce titre est l’un des meilleurs que j’ai pu écouter dans le style depuis un paquet d’années. Your Last Stand, enfonce le clou dans le même registre avec des chœurs puissants et une énergie folle.

Tide Of Decay se veut plus posé, plus lourd et définitivement plus métal, montrant que Wake The Dead navigue entre les styles avec facilité. Ce que l’on ressent aussi sur Moving Forward et The Blue Grow : hardcore voire post-hardcore. Le groupe met de côté son mode « rentre-dedans » pour développer davantage des mélodies étirées.

Mais le bulldozer revient en force avec le surpuissant You & Me aux riffs entêtants qui mixe une nouvelle fois hardcore et métal. Puis sur Binary Anthem bien plus punk sur la forme. Projection dans l’avenir sur le titre 2050 offre une plongée sombre dans un futur incertain, porté par un riff grave et un rythme implacable. L’album se clôt sur …Disappointment, post-hardcore assumé, qui boucle parfaitement avec l’ouverture.

Produit par Flo Salfati (Landmvrks), The Great Disappointment bénéficie d’un son puissant et équilibré. L’artwork, bien que reflétant une réalité environnementale glaçante, est visuellement saisissant.

 

Malgré un nouveau changement au chant, Wake The Dead signe un album monstrueux, engagé et musicalement abouti. Entre riffs accrocheurs, chant percutant et thèmes urgents, c’est sans hésiter l’un des meilleurs opus de 2025.

J. NeWSovski

 

https://wakethedeadhardcore.bandcamp.com/album/the-great-disappointment

https://www.facebook.com/wakethedead13



mardi 13 janvier 2026

VANTRE – Clonocracy

 


VANTRE – Clonocracy

Araki Records / Cœur sur toi / Table Basse Records / Forbidden Place Records


VANTRE était l’ovni musical de l’année 2025. Difficile à classer : math-rock, post-rock ou indie-punk ? Peu importe finalement, car Clonocracy est un album qui m’a beaucoup surpris et marqué. Originaire du sud de Paris, ce trio s’est formé en 2020 sur une formule audacieuse car il est composé de deux bassistes et d’un batteur. Pas de chanteur, pas besoin. Dès lors, tous les morceaux sont instrumentaux. Le trio a déjà sorti une série d’EPs (Treehopper) et voici donc son premier opus.

 

L’album s’ouvre avec l’époustouflant Stomak, à la rythmique prenante et à l’énergie contagieuse. Un titre d’autant plus savoureux que le jeu de mots avec le nom du groupe ne passe pas inaperçu. Clonocracy s’inspire d’une dystopie futuriste : en 3701, face à l’épuisement des ressources et à la stérilité croissante, de nouvelles croyances émergent, prônant le clonage comme solution. Le morceau éponyme, véritable voyage sonore de sept minutes, explore ces thèmes avec une densité proche du stoner-rock, évoquant les paysages sonores de Dune ou l’univers de Mars Red Sky. Menstruosterone prolonge cette dynamique avec une approche très mélodique et captivante qui s’étale sur la longueur.

Mais Vantre en a encore dans le bide et part sur un rythme effréné, voire très punk, sur Conan The Dog qui laisse tout de même transparaître de belles mélodies sur ses refrains. Un peu plus loin Netavark et Plastic Jizz dynamitent la fin de l’album avec des rythmiques grooves très percutantes tandis que Metha, morceau expérimental, clôture en douceur ce premier album.

 

Une véritable claque que ce premier album. Inclassable mais immersif, Clonocracy est un album à ne pas manquer qui se veut addictif et d’une grande originalité.

J. NeWSovski

 

 

https://vantremusic.bandcamp.com/album/clonocracy

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vendredi 9 janvier 2026

STADE – Musiques de stade

 


STADE – Musiques de stade

Upton Park

 

Il est facile de sortir des jeux de mots sur le nom de ce groupe, on peut aussi rêver d’un plateau avec une affiche qui les associerait à Equipe de Foot et pourquoi pas aussi Sports et encore plus le Karaba FC ?

Mais STADE c’est un trio des Côtes d’Armor qui, comme le disait Miossec, ressemble à « un arrière droit assez brutal, évoluant en D3, qui sent la bière et l’animal, les tacles et la mauvaise foi ». C’était juste pour filer ma comparaison sportive et la lier à la Bretagne car STADE joue un rock-garage-indie légèrement teinté de post-punk. Les gars ont joué au préalable dans des groupes comme Skopitone Sisko ou The Craftmen Club et l’ensemble est plutôt enjoué comme sur le dynamique Petit Pont, sorte de Strokes à la rythmique accélérée voire très entraînant comme sur Nu Song qui ouvre en grande pompe ce premier album. J’aime beaucoup Mercurochrome instrumental extrêmement bien écrit, subtil mélange entre Vantre et Totorro. Le trio s’aventure sur des riffs dansants avec Keep It Burning et sa guitare virevoltante puis sur Paimpol très indie pop avec une basse prédominante. Cat’s tongue relance la dynamique avec un son plus gras et puis Physique-Chimie permet de redescendre tout doucement sur des notes post-rock quelque peu atmosphérique, un morceau très intéressant qui est subtilement et intelligemment enchainé avec 176 BPM, qui allie l’énergie du groupe avec son côté fun.

Je suis un peu sur la réserve quant à l’utilisation des filtres sur le chant sur Human Robot, derrière ça tourne à la perfection mais ce chant façon Daft Punk me perturbe tout de même. Il m’est aussi difficile d’écouter le morceau Raymond Gommenec’h en entier, un morceau instrumental sur lequel est posé la voix de feu Thierry Gilardi qui commente la final de la coupe du monde 2006 entre la France et l’Italie. Ce match reste en mémoire comme le traumatisme d’une deuxième étoile perdue bêtement, pourtant ce rock atmosphérique est vraiment bien construit et immersif. Autre petit point négatif : la pochette. Justin(e) nous avait fait l’équipe de foot sur Treillières Über Alles, ça aurait été dommage de reprendre le concept (surtout pour un trio) mais là, même si je comprends le concept, je ne trouve pas l’objet particulièrement joli.

 

Derrière un artwork de petite division se cache un groupe talentueux qui à travers ces dix titres montrent beaucoup de créativité dans leur garage-noise-indé qui se révèle tout à tour énergique, immersif et dansant. Un premier album totalement réussi pour un groupe qui vise la coupe d'Europe.

 

J. NeWSovski

 

https://uptonpark.bandcamp.com/album/musiques-de-stade

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