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jeudi 5 mars 2026

DIRTY CLOUD – New Flesh

 


DIRTY CLOUD – New Flesh

Flippin’ Freaks Records

Décidément, la scène rock rouennaise regorge de groupes passionnants : MNNQNS, SERVO, YOU SAID STRANGE ou encore WE HATE YOU PLEASE DIE. Et la liste est loin d’être close. Elle s’allonge aujourd’hui avec une nouvelle pépite locale : DIRTY CLOUD. Repéré il y a trois ans par Raphaël Balzary, ex-frontman de WE HATE YOU PLEASE DIE, le trio revient avec « New Flesh », un premier album qui impressionne autant par sa fougue que par sa maturité. À peine majeurs, les trois énergumènes livrent une musique dense qui oscille entre urgence punk et échappées expérimentales. Leur style s’est largement affiné depuis leur premier coup d’essai (le EP « Straight-Jacket »).

L’étrangeté ouvre le bal avec “Soft Machine”. Deux minutes d’ambient et de bidouillages sonores, presque abstraites. Une introduction déroutante, parfaite rampe de lancement pour la bombe “Tiny Shoes Cause Blister”. Porté par une rythmique martiale, le morceau navigue entre punk, noise-rock et post-punk avant d’opérer, à mi-parcours, une bascule inattendue vers des textures plus shoegaze, presque atmosphériques.

Autre évidence, la palette vocale de Julien est incroyable. Puissante, modulable, capable de descentes abyssales comme de fulgurances stridentes. On pense aux regrettés tRuckks et au chant possédé de Leny, capable lui aussi d’embrasser des territoires proches du death-métal. DIRTY CLOUD flirte d’ailleurs avec ces extrêmes sur la fin de l’expéditif “Stimfapping” où le chant guttural surgit sans prévenir.

Limbic System” (1 minute 20 à peine), maintient la cadence et rappelle les débuts d’ICEAGE. La tension reste palpable sur « Straight Men » et ses guitares débraillées. Mais le trio ne se contente pas d’aligner les uppercuts. Il aime brouiller les pistes. Les cinq minutes de “Skin Crawling” en sont la preuve. La basse minimaliste et le spoken words inquiet de Julien subissent progressivement quelques dissonances. Puis la batterie et les guitares noisy font irruption. DIRTY CLOUD joue beaucoup sur le tempo, les changements de rythme sont légion jusqu’au final agressif.

Voix plus grave et ambiance plus post-punk sur les premières notes de “777555/Scum”. Un morceau au titre bien mystérieux qui prend ensuite des chemins plus punk et noise-rock (dans sa 2ème moitié). Plus posé et lancinant, « Travis the Chimp » est dominé par le chant habité et changeant de Julien. L’album touche déjà à sa fin avec l’étonnant « Garmonbozia ». Une simple guitare acoustique reprend en boucle quelques accords pour un final 100% instrumental. Le calme après la tempête.

Le premier album de DIRTY CLOUD est un disque tendu, incarné et parfois inconfortable. Avec « New Flesh », le groupe rouennais frappe un grand coup et affirme déjà une identité singulière. Et laisse présager un avenir prometteur.

 

Mr Caribou

 

Titre préféré : « Tiny Shoes Cause Blister »

 

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