DIRTY
CLOUD – New Flesh
Flippin’
Freaks Records
Décidément,
la scène rock rouennaise regorge de groupes passionnants : MNNQNS, SERVO,
YOU SAID STRANGE ou encore WE HATE YOU PLEASE DIE. Et la liste
est loin d’être close. Elle s’allonge aujourd’hui avec une nouvelle pépite
locale : DIRTY CLOUD. Repéré il y a trois ans par Raphaël
Balzary, ex-frontman de WE HATE YOU PLEASE DIE, le trio revient
avec « New Flesh », un premier album qui
impressionne autant par sa fougue que par sa maturité. À peine majeurs, les
trois énergumènes livrent une musique dense qui oscille entre urgence punk et
échappées expérimentales. Leur style s’est largement affiné depuis leur premier
coup d’essai (le EP « Straight-Jacket »).
L’étrangeté
ouvre le bal avec “Soft Machine”.
Deux minutes d’ambient et de bidouillages sonores, presque abstraites. Une
introduction déroutante, parfaite rampe de lancement pour la bombe “Tiny Shoes Cause Blister”. Porté par une
rythmique martiale, le morceau navigue entre punk, noise-rock et post-punk
avant d’opérer, à mi-parcours, une bascule inattendue vers des textures plus
shoegaze, presque atmosphériques.
Autre
évidence, la palette vocale de Julien est incroyable. Puissante,
modulable, capable de descentes abyssales comme de fulgurances stridentes. On
pense aux regrettés tRuckks et au chant possédé de Leny, capable
lui aussi d’embrasser des territoires proches du death-métal. DIRTY CLOUD
flirte d’ailleurs avec ces extrêmes sur la fin de l’expéditif “Stimfapping” où le chant guttural
surgit sans prévenir.
“Limbic System” (1
minute 20 à peine), maintient la cadence et rappelle les débuts d’ICEAGE.
La tension reste palpable sur « Straight
Men » et ses
guitares débraillées. Mais le trio ne se contente pas d’aligner les uppercuts.
Il aime brouiller les pistes. Les cinq minutes de “Skin Crawling” en
sont la preuve. La basse minimaliste et le spoken words inquiet de Julien
subissent progressivement quelques dissonances. Puis la batterie et les
guitares noisy font irruption. DIRTY CLOUD joue beaucoup sur le
tempo, les changements de rythme sont légion jusqu’au final agressif.
Voix plus
grave et ambiance plus post-punk sur les premières notes de “777555/Scum”. Un morceau au titre bien
mystérieux qui prend ensuite des chemins plus punk et noise-rock (dans sa 2ème moitié).
Plus posé et lancinant, « Travis
the Chimp » est dominé par le chant habité et
changeant de Julien. L’album touche déjà à sa fin avec l’étonnant « Garmonbozia ». Une simple guitare
acoustique reprend en boucle quelques accords pour un final 100% instrumental.
Le calme après la tempête.
Le
premier album de DIRTY CLOUD est un disque tendu, incarné et parfois
inconfortable. Avec « New Flesh », le groupe rouennais frappe un
grand coup et affirme déjà une identité singulière. Et laisse présager un
avenir prometteur.
Mr Caribou
Titre préféré : « Tiny
Shoes Cause Blister »
