vendredi 15 juin 2018

Interview - November Polaroid


Jolie découverte de ce début d'année, le duo November Polaroid et son EP 6AM (chronique) a bercé mes journées d'hiver avec une folk langoureuse et poétique. Rencontre avec Julie et Solène



Quelle est l’histoire derrière le nom du groupe ?

Ce nom s'est un peu imposé de lui-même. C'était une évidence, et c'est ce qui nous plait. Il existe simplement au travers du moment pendant lequel il a traversé notre esprit. Ça été pareil quand on s'est croisé et qu'on a commencé à jouer. C'était ancré dans un moment particulier et ça nous est apparu comme une certitude.


Et puis, si on devait analyser rétrospectivement ce nom, le hasard a fait que ça fonctionne plutôt bien. November pour le côté mélancolique de nos chansons. Polaroid pour cette idée de l'instant.









Quels sont les avantages d’évoluer en duo ? Et inversement quelles difficultés rencontre-t-on à n’être que deux ?

Au tout début du projet, ça nous a permis de partir vagabonder avec nos deux guitares sur la côte Ouest des Etats-Unis. Et d'y faire plusieurs concerts sur la route. Ça a donc l'avantage de nous permettre de voyager léger.

On prend également peu de place sur scène, ce qui nous permet de jouer dans des endroits intimistes voire inhabituels. C'est assez spécial de pouvoir jouer devant peu de personnes, dans un lieu particulier.

Les difficultés sont finalement liées aux avantages. N'être que deux, c'est forcément renoncer à jouer quelques arrangements, et laisser de côté certains instruments. On met un point d'honneur à jouer tout ce que les gens entendent lorsqu'ils nous voient en concert. On exclut donc (désormais - mais ça n'a pas toujours été le cas) de se cacher derrière des instruments qui seraient trop nombreux sur scène. On ne veut pas non plus jouer sur des samples. En fait, on ne veut pas abandonner le côté brut du folk, que l'on affectionne, et qui constitue la base de notre écriture musicale. Mais parfois, on aimerait pouvoir digresser un peu plus librement.






6AM a été enregistré dans une friche industrielle, c’est peu banal. Comment et pourquoi s’est fait ce choix ?


Le début de l'histoire, c'est notre rencontre avec Benjamin Mathieu, il y a 2 ans, par l'intermédiaire d'amis en commun. Il nous avait parlé de son projet, le Road Studio.

C'est un studio d'enregistrement mobile, embarqué dans un semi poids lourds, qui lui permet d'enregistrer à-peu-près n'importe où.

A l'époque, on avait quelques chansons dans les poches, et on était en train de les travailler dans l'optique de sortir un E.P. On a tout de suite accroché à l'idée de pouvoir enregistrer dans un lieu atypique, avec une histoire, une ambiance, une acoustique particulière.


A partir de là, il fallait choisir le lieu. On est passé par toutes sortes d'idées, avec en tête la volonté d'une empreinte sonore particulière, une cohérence acoustique minutieuse. On est allé de la yourte perdue en pleine campagne à l'église, en passant par le château d'eau.

Finalement, quelques mois avant l'enregistrement, Benjamin (et son camion) a rejoint Meta-Lunair, une ancienne usine métallurgique à Loos, en cours de réhabilitation. On y est allé, et là encore, ça été une évidence. On a visité toutes les pièces une par une : le grand hangar central et sa Motobécane à l'abandon, l'ancienne salle d'archives avec un vieux piano, une caravane installée au beau milieu d'une pièce habillée de bois... on a adoré.

(N.B. : les rushs tournés à Meta-Lunair pendant la session d'enregistrement ont servi à monter un clip pour la chanson To The North - https://youtu.be/FCY-OLSenFw).







Comment s’est déroulé cet enregistrement ?

On est parti du principe que l'on avait deux matières distinctes qu'il fallait mettre en cohérence : nos chansons et ce lieu hors-du-commun. On voulait que le lieu soit partie intégrante des sonorités de l'E.P. On a donc beaucoup travaillé sur les sons. Ça a été un travail minutieux.

Pour chaque partie de guitare, de voix ou de percussions, on a choisi une pièce particulière, en fonction du son qu'on voulait. On prenait finalement beaucoup plus de temps à chercher la couleur de chaque son qu'à faire les prises.


On n'avait pourtant pas beaucoup de temps, puisqu'on a enregistré ces 5 chansons sur 5 jours. Mais l'idée ça n'était pas de refaire plein de fois les prises pour ensuite garder la meilleure. C'était d'aligner l'ensemble des facteurs pour que les quelques premières prises soient qualitatives tout en étant spontanées.



Pourquoi le choix d’un EP et pas un album ?

Peut-être qu'on ne se sent pas encore assez légitime pour proposer un album.

Et puis, il y a également des raisons financières. Enregistrer et produire un EP coûte cher, et si on double le nombre de morceaux, on double le temps de studio, donc forcément le coût.





Il y a un côté très poétique à votre musique, comment se déroule la composition d’un morceau ?

Au départ, c'est souvent juste de la guitare, ou du guitare-voix. Quelque chose qui vient "un peu comme ça". Pour les paroles, on a un carnet où on note pas mal de mots, soit aléatoirement, soit de manière plus ou moins organisée. Parfois on les utilise, parfois ça ne s'imbrique pas dans les sons, alors on part sur une page blanche.


Jusqu'à maintenant, on a toujours composé au fil de l'eau. On n'a jamais eu la démarche de se dire qu'on entrait dans une phase de quelques mois dédiée à la composition de nouveaux morceaux. D'ailleurs, quand on commence à se dire qu'il faut absolument qu'on écrive ou qu'on termine une chanson, on arrête. On se plait dans l'instant et dans ce qui existe inconsciemment, donc librement.





Dans quelle direction voyez-vous évoluer le groupe ?

On aimerait avant tout faire vivre cet E.P. dans les mois à venir. On a pas mal vadrouillé sur la métropole lilloise et dans les environs en ce premier semestre. On aimerait s'exporter pour le second, vers la Belgique, Paris ou le Sud des Hauts-de-France. Pourquoi pas plus loin si on en a l'occasion.

On aimerait aussi avoir l'occasion de faire d'autres premières parties dans de belles salles. On a pu jouer en première partie de Grand Blanc au Nautilys (Comines) dans le cadre du Festival Tour de Chauffe, ainsi qu'avec Fleet Foxes à l'Aéronef (Lille). C'était génial. On a hâte que ça recommence !



On a également pour idée de démarcher les tourneurs et les labels prochainement. C'est quelque chose qu'on n'a encore jamais fait, alors qu'on nous y encourage. Peut-être par manque de confiance. Il faut qu'on se lance !





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