EMMA RUTH RUNDLE – These killing Times
Errant Child
Sortons un peu du punkrock pour parler d’une artiste que j’apprécie
particulièrement depuis des années : Emma Ruth Rundle. Originaire de Los
Angeles, elle a débuté au sein du groupe The Nocturnes, puis on la
retrouve ensuite dans Red Sparowes, projet post-rock très intéressant. En 2011, elle fonde Marriages
qui restera actif quelques années seulement (1 EP et 1 album), mais constituera une étape
importante dans l'évolution musicale d’Emma Ruth Rundle vers son travail
solo. Elle enchaînera alors cinq albums en 15 années (et pléthore d’Eps),
définissant les contours d’un style qui oscille entre post-métal, post-rock et
dark-folk. Elle aime aussi s’entourer d’autres artistes que ce soit avec Chelsea
Wolfe, dont elle est très proche aussi musicalement, Thou, groupe de
sludge ou encore Jaye Jayle, musicien expérimental.
Emma
Ruth Rundle
est donc de retour en 2026 avec son nouvel album These killing times,
sorti sur son propre label (Errant Child) et dont l’approche me rappelle
un peu le troublant Engine of hell, sorti en 2021. Ce dernier
marquait une césure dans sa discographie par une approche totalement dépouillée
et à fleur de peau, seulement avec voix, piano et guitare acoustique. Ce
nouvel opus conserve cette sensibilité mais en retournant à la puissance
électrique de ses instruments. Pour l’occasion elle s’est entourée de Jess
Gowrie (Chelsea Wolfe, Mrs Piss) à la batterie et Troy
Zeigler (Serj Tankian) à la basse.
Et l’émotion
est effectivement au rendez-vous dès les premières notes au piano de Powerless, qui monte en puissance avec
une guitare lourde. God’s Picture se veut dans la
continuité d’Engine Of Hell. Emma chantonne, pose sa voix
avec douceur, on entend ses doigts sur les cordes, le piano prend le lead, le
saxophone amène des sonorités nouvelles. Un morceau doux mais intense. On
retrouve aussi cet esprit sur Don’t Delay Heaven, sobre et prenant. Anvil enchaîne sur les mêmes
bases tout en apportant un final envoûtant avec des modularités impressionnantes
sur le chant.
Catherine Wheel est un morceau plus rythmé avec
un ambiance originale. Un morceau à l’esprit pop totalement maîtrisé et assumé.
Les distorsions de guitares se mêlant aux nappes de violons. Excellent morceau.
Le
final avec Human Kingdom me rappelle Chelsea
Wolfe dans cette douce folk gothique de plus de 8 minutes. Alors qu’Oceans Of Time conclue avec émotion et sensibilité
juste au piano et voix accompagnés par des chœurs réconfortants.
Les
invités se succèdent, que ce soit Patrick Shiroishi au saxophone sur Enough et God’s
Picture,
Gina Gleason, guitariste de Baroness sur Catherine Wheel, Amelia Baker de Cinder Well et le duo de Storefront Church sur Oceans Of Time, le guitariste de Tera Melos sur plusieurs morceaux.
Les
textes se révèlent toujours aussi engagés, abordant le thème de la montée en
puissance du nationalisme chrétien, les discours politiques abjectes tout en
amenant des touches positives sur l’amour notamment.
These Killing Times, digne successeur d’Engine Of Hell, conserve cette
douceur et cette sensibilité propre à Emma Ruth Rundle, tout en retrouvant des
touches électrisantes qui manquaient sur le dernier opus. Il en ressort un
album (8 titres – 44 min) tout simplement beau et envoûtant.
J. NeWSovski
