dimanche 2 juin 2013

Interview de Billy The Kill



Entretien avec Fred alias Billy The Kill suite à la sortie de son troisième et excellent album An Open Book  with spelling mistakes.



J’ai cru comprendre que tu avais un peu galéré à le sortir cet album, apparemment tes morceaux étaient composés depuis longtemps…
Salut! Pour commencer, j'aimerais te féliciter pour ton webzine et te remercier de m'envoyer un e-mail avec des questions concernant mon travail (NDLR : moi aussi je te remercie). Alors oui, les morceaux ont été composés et enregistrés, puis il s'est écoulé un an et demi avant la sortie du disque, à cause d'un budget mal géré, tout simplement.


An open Book a été réalisé grâce à un mode participatif, c’est un mode de fonctionnement de plus en plus courant, tu penses que c’est un peu l’avenir pour les petits groupes et la scène indé ?
Effectivement, je suis passé par le site d'économie participative Kisskissbankbank. Une souscription en ligne, sécurisée, destinée à soutenir la création.
C'est autant révélateur d'un manque d'argent quelque part, de subventions, comme cela peut être un moyen de financer un projet auquel nul ne croit ou dont personne ne veut, il faut être clair. Il y a donc du bon et du mauvais, c'est le public qui décide en quelque sorte. S'il faut en passer par là, pourquoi pas. Pour moi, cela a fonctionné grâce à la fan base que je m'étais constitué depuis plusieurs années, à force d'acharnement. J'ai l'impression d'avoir réalisé quelque chose d'assez collectif d'ailleurs. C'est une bonne solution de recours, mais je pense que d'abord, il faut essayer par ses propres moyens, et pourquoi pas trouver des financements liés directement à la culture (le site héberge des projets liés à la création en général, films, clips, disques, ou encore projets humanitaires, ...). C'est peut-être l'avenir, tout comme il peut être déplorable d'être obligé d'en passer par là. Au choix. En tout cas, je remercie énormément les gens qui m'ont aidé à parvenir à mes fins! C'est beau, c'est un rêve de hippies communautaires, c'est internet!

Dans ma chronique j’ai fait un parallèle entre la pochette de « an open book » et « Joy, sex and war » disant que tu paraissais plus sage, plus posé plus mûr, juste une impression ?
 Oui, j'ai acquis plus de sobriété, à tous les niveaux.


Le parallèle entre les deux pochettes est volontaire ou pas ?
 
Le parallèle visuel n'était pas volontaire, enfin presque mais voila pourquoi : je désirais juste ce genre de photos plein cadre où j'apparaisse, ce qui se suffit à soi-même pour éviter une création graphique et les poncifs qui vont avec. Je suis adepte des sessions photos en intérieur : le décor est déjà planté, une petite mise en scène des objets, c'est chaleureux, généreux et on est happé dans un univers. C'est rarement raté. Celle-ci est relativement épurée. Un canapé, l'artiste assis dessus, et une chaise vide comme une invitation.
 
le deuxième album : joy sex and war


Tu touches à tous les instruments sur cet album : guitare, basse et batterie. Comment fais-tu pour répéter tes morceaux, avoir une idée de ce que ça va rendre ?
Je vais tâcher d'être précis: techniquement je travaille avec un dictaphone. Je prépare une k7 par morceau. Exactement comme si j'avais un fichier numérique par morceau. Une k7 = un dossier en fait. Sur cette k7, j'enregistre toutes mes idées, en vrac et à la suite, quand ça vient. J'y essaie donc mes harmonies vocales, mes vitesses de jeu, mes parties basse, en jouant par dessus pour voir si cela marche. Il faut tendre l'oreille mais il y a peu de manips à faire comme avec un logiciel. De cette façon, je ne suis pas dépassé techniquement par quelque chose d’extérieur au fait de jouer. Avec le dictaphone, c'est simple, voire simpliste d'utilisation. Pas d'angoisse informatique. C'est pour moi beaucoup plus clair dans mon esprit. Je fais sonner les choses comme je les entends sans obstacle.
Une fois ma structure décidée, je l'enregistre avec un métronome, pour m'essayer aux parties batteries sur mes genoux. Ce n'est qu'une fois en studio que je me place réellement derrière une vraie batterie et que je décide avec l'aide des ingés son des choix de productions.


 
Tu ne mets toujours pas tes lyrics dans le livret pourtant tes textes sont très beaux, (the world is yours ; somewhere in my mind) ton inspiration te vient d’histoire de cœur, de nostalgie tu peux nous en dire plus ?
C'est vrai que je ne les mets pas car j'estime que je m'exprime dans un anglais simple et je mixe ma voix relativement en avant. Toutefois merci! Je fais attention aux choix des mots pour limiter les dégâts d'accentuation dans un premier temps. De là, je tisse une suite de phrases à propos d'un sentiment ou d'un état d'âme. Je vais chercher à l'intérieur de moi pour explorer ce genre de feeling. J'ai abordé plusieurs sujets sur ce disque dont la mort et le deuil, la difficulté de se sortir d'une logique comportementale, l’orgueil, ce genre de trucs propre à chacun finalement.

 
An open book est plus rock, dans la mesure où il y a moins de titres uniquement chant + guitare, tu voulais aussi sortir de ce créneau uniquement folk ?
Je voulais m'essayer à une plus large palette stylistique. La cohésion réside dans le son et mes interprétations. Pour le reste, il est vrai que c'est varié, voire déstabilisant pour ceux qui s'attendent à de la folk pure et douce. J'admire beaucoup de genres musicaux, et par conséquent, refuse de brider ma créativité à travers le prisme d'un seul genre et de m'interdire quoi que ce soit . Alors ce n'est pas non plus des grands écarts mais j'ai essayé des choses très pop, comme des touches un peu plus soul ou americana, des choses plus lisses ou des approches plus rock, jusqu'à des touches noisy. Des choses qui vont bien ensemble.

Tu fais une reprise des Thugs, ce choix s’est fait par amour du groupe, du morceau ou du texte ?
Ce groupe représente quelque chose de fort en terme d’auto-détermination. Il fait partie de l'histoire de ce rock indé français des années 80-90, il est dur de l'ignorer, et pour ça ils méritent le respect. Ce sont les racines sociologiques de la scène indé française qui font partie de mon parcours musical et "politique" dirais-je. LES THUGS c'est quelque chose de très singulier musicalement, personne ne sonne comme eux et c'est ce qui me semble intéressant. "Les lendemains qui chantent" est leur seul titre en français, ce texte a fait écho en moi, sans aucun doute, et je savais que c'était un bon choix de reprise, simplement.






La reprise de Ronnie James Dio est assez surprenante surtout à l’écoute de l’original. Comment s’est fait ce choix ?
Idem. Je suis fan de hard rock/classic rock, plus précisément des 70's. Là aussi le texte faisait écho. Un genre de chant de guerre en cas de moments difficiles. La musique était inadaptable pour moi tellement, là aussi, c'est le son d'une époque avec un jeu brillant et déjà très typé. Ça aurait été un manque de respect que de me l'approprier de la sorte. J'ai donc préféré composer une musique dans la même ambiance pesante et mélodique et y accoler simplement le texte. C'était beaucoup moins cavalier!

 
Un petit éclaircissement sur le titre, un rapport avec ton histoire perso c’est ça ?
C'est l'histoire de tout le monde je crois. L'histoire de nos petit défauts et travers même quand  l'on se montre dans la lumière. Un livre ouvert avec des fautes d'orthographe.

 
Generation Blues s’adresse aux mecs qui ont 30 ans et qui ont baigné dans la musique des années 90 c’est ça ?
A chaque génération ses difficultés. Je parle là de ce que je connais et de ce que je ressens. Ce n'est en aucun un traité général et définitif sur ma génération, juste les petites difficultés d'adaptations dans une société de plus en plus auto-centrée, pour des gens qui débutent la trentaine.

 
Tu joues dans pas mal de groupes, avec qui et sur quoi tu bosses en ce moment ?
Je finis d'enregistrer les parties guitares du nouvel album de l'Australien SIMON CHAINSAW. C'est un travail d'arrangeur à distance et espacé dans le temps que je fais dans les studios où je me trouve. Ça devrait sortir fin 2013 ou début 2014 et déboucher sur une nouvelle tournée en Europe (comme Chuck Berry, Chainsaw possède un backing band par continent!).
Je viens juste de terminer une session d'enregistrement un peu particulière aussi. Un genre de collectif de 3 personnes (Chris Vil, un jeune folk-popeux pour lequel j'avais déjà fait les arrangements de son dernier mini cd, Big DeeDee, batteur dans Dissidence Radio et donc moi). Chacun amène des morceaux que nous arrangeons et interprétons ensemble à divers postes. J'y joue un peu de tout, j'ai écrit bien sûr quelques titres. Ça sonne parfois pop-punk à la Screeching Weasel, parfois plus heavy et un peu pop. Même idée, pas de barrières, pas de segments. Un petit cd 10 titres sortira en fin d'année. Donc, pas un vrai groupe mais plutôt un mini collectif. Juste 3 mecs épars géographiquement qui se retrouvent un temps limite en studio. Peu de répets, beaucoup d'idées sur le vif et pas de concerts. Tout ce qu'un vrai groupe ne doit pas faire au final!




simon chainsaw

Tes coups de cœur musicaux du moment c’est quoi ?
 J'explore plusieurs directions, vais voir dans tous les coins dans une démarche d'ouverture. Bien sûr, j'ai des genres inconditionnels que je connais bien (pop, punk-rock, hard-rock, folk..). Et ma démarche aujourd'hui m'amène vers des horizons inconnus. Mon esprit en a besoin, comme besoin d'oxygène.  Je m’intéresse aussi à pas mal de choses mainstream ces derniers temps. Mes derniers coups de cœur ont été les derniers Phoenix, Daft Punk et le premier album de Lescop par exemple, tout 3 dans un genre bien synthétique. Beaucoup de compils de divers style (musique malienne, soul, disco/funk 70's, chansons francophone,...). J'ai des coups de cœur plusieurs fois par jour! La musique est un puits sans fond, définitivement!

 





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