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mardi 25 août 2026

DÉÉFAIT – S/t [EP]

 


DÉÉFAIT – S/t [EP]

 Ici d’Ailleurs

Comme le dit le vieil adage, il n'est jamais trop tard. Sorti il y a déjà plusieurs mois, le premier EP du combo parisien DEEFAIT était mystérieusement passé sous nos radars. Et, à l'écoute des six titres qui le composent, il aurait été franchement dommage de passer à côté tant le cocktail concocté par les jeunes Parisiens impressionne. Faisant la part belle à l'improvisation et aux formats longs, DEEFAIT mêle avec un talent évident noise-rock, krautrock et envolées psychédéliques. Le quintet refuse le surplace : chaque morceau bifurque là où on ne l'attend pas, porté par un break bien senti, une montée de tension ou une boucle entêtante qui finit par vous happer.

On entre immédiatement dans le vif du sujet avec « We Love Each Other So Much That We Won't Belong To Any Species Anymore ». La voix surgit d'emblée, bientôt rejointe par des guitares dissonantes qui s'appuient sur une rythmique implacable. L'ambiance évoque d'abord IT IT ANITA ou CLINIC, avant une accalmie qui rappelle le chant d'Amedeo Pace et la période la plus noisy de BLONDE REDHEAD. Puis le morceau reprend de plus belle pour s'achever sur les hurlements haut perchés de Ric Lara, le chanteur mexicain du quintet. Changement d'atmosphère avec l'introduction planante de « Molokh ∞ » : une basse aguicheuse, une délicate boucle de guitare acoustique et une voix quasi chamanique sont un véritable appel à la transe. Au fil de ses huit minutes, le morceau se tend inexorablement. La voix se fait toujours plus inquiétante, tandis que les nappes de synthé et les guitares fusionnent jusqu'à former un mur du son qui renvoie aux plus belles heures de SWANS. DEEFAIT poursuit ses expérimentations sur « BONDBONDBOND ». D'une ambiance tribale à une ritournelle répétitive, le titre se transforme progressivement en une puissante déflagration post-rock. Retour au calme sur les premières notes de « Comatose Big Sun ». D'abord enfumé et hypnotique, le morceau s'électrifie peu à peu avant de s'éteindre dans un final qui semble presque improvisé. Une étrangeté supplémentaire à mettre à l'actif du groupe. La voix incantatoire et le vacarme bruitiste avancent main dans la main sur « Al' Ether ». Au milieu de ce chaos, on croit distinguer un chant en français (après l'anglais et l'espagnol). Une nouvelle surprise qui évoque cette fois l'univers de OISEAUX-TEMPÊTE. Enfin, « Wow! Ferreri Cooked For Us », le morceau le plus court du disque et probable hommage à La Grande Bouffe de Marco Ferreri, s'avère tout aussi déjanté que le reste de l'EP. Les distorsions de guitares et le chant plus agressif font mouche. Avant une ultime note plus apaisée et le retour de la voix haut perchée de Ric Lara.

En seulement six morceaux, DEEFAIT réussit un premier coup d'éclat impressionnant avec notre noise-rock / krautrock explosif. Rares sont les premiers disques à afficher une personnalité aussi affirmée. Dans une époque où beaucoup cherchent le morceau qui retiendra l'attention en quelques secondes, DEEFAIT prend le chemin inverse. Celui de la lente contamination. Une musique qui ne cherche jamais à séduire, mais qui finit par s'installer durablement. Un véritable coup de cœur, qui donne furieusement envie de découvrir le premier album annoncé pour la rentrée de septembre.

 

Titre préféré :         Molokh ∞

Mr Caribou

 

 

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