DÉÉFAIT –
S/t [EP]
Ici d’Ailleurs
Comme le dit
le vieil adage, il n'est jamais trop tard. Sorti il y a déjà plusieurs mois, le
premier EP du combo parisien DEEFAIT était mystérieusement passé sous
nos radars. Et, à l'écoute des six titres qui le composent, il aurait été
franchement dommage de passer à côté tant le cocktail concocté par les jeunes
Parisiens impressionne. Faisant la part belle à l'improvisation et aux formats
longs, DEEFAIT mêle avec un talent évident noise-rock, krautrock et
envolées psychédéliques. Le quintet refuse le surplace : chaque morceau
bifurque là où on ne l'attend pas, porté par un break bien senti, une montée de
tension ou une boucle entêtante qui finit par vous happer.
On entre
immédiatement dans le vif du sujet avec « We Love Each
Other So Much That We Won't Belong To Any Species Anymore ». La voix surgit d'emblée, bientôt rejointe par des guitares
dissonantes qui s'appuient sur une rythmique implacable. L'ambiance évoque
d'abord IT IT ANITA ou CLINIC, avant une accalmie qui rappelle le
chant d'Amedeo Pace et la période la plus noisy de BLONDE REDHEAD. Puis
le morceau reprend de plus belle pour s'achever sur les hurlements haut perchés
de Ric Lara, le chanteur mexicain du quintet. Changement d'atmosphère avec
l'introduction planante de « Molokh ∞ » : une basse aguicheuse, une délicate boucle de guitare
acoustique et une voix quasi chamanique sont un véritable appel à la transe. Au
fil de ses huit minutes, le morceau se tend inexorablement. La voix se fait
toujours plus inquiétante, tandis que les nappes de synthé et les guitares
fusionnent jusqu'à former un mur du son qui renvoie aux plus belles heures de SWANS.
DEEFAIT poursuit ses expérimentations sur « BONDBONDBOND
». D'une ambiance tribale à une ritournelle répétitive, le titre se transforme
progressivement en une puissante déflagration post-rock. Retour au calme sur
les premières notes de « Comatose
Big Sun ». D'abord enfumé et hypnotique, le morceau s'électrifie peu
à peu avant de s'éteindre dans un final qui semble presque improvisé. Une
étrangeté supplémentaire à mettre à l'actif du groupe. La voix incantatoire et
le vacarme bruitiste avancent main dans la main sur « Al' Ether ». Au milieu de ce chaos, on croit distinguer un chant en
français (après l'anglais et l'espagnol). Une nouvelle surprise qui évoque
cette fois l'univers de OISEAUX-TEMPÊTE. Enfin, « Wow! Ferreri Cooked For Us », le morceau le plus court du disque et probable hommage à La
Grande Bouffe de Marco Ferreri, s'avère tout aussi déjanté que le
reste de l'EP. Les distorsions de guitares et le chant plus agressif font
mouche. Avant une ultime note plus apaisée et le retour de la voix haut perchée
de Ric Lara.
En
seulement six morceaux, DEEFAIT réussit un premier coup d'éclat impressionnant
avec notre noise-rock / krautrock explosif. Rares sont les premiers disques à
afficher une personnalité aussi affirmée. Dans une époque où beaucoup cherchent
le morceau qui retiendra l'attention en quelques secondes, DEEFAIT prend le
chemin inverse. Celui de la lente contamination. Une musique qui ne cherche
jamais à séduire, mais qui finit par s'installer durablement. Un véritable coup
de cœur, qui donne furieusement envie de découvrir le premier album annoncé
pour la rentrée de septembre.
Titre préféré : Molokh
∞
Mr Caribou
