lundi 9 février 2026

Interview : CARNAGE PIKNIK


Carnage Piknik, ou l’énergie brute d’une jeunesse qui assume ses racines et ses rêves. À peine 18-19 ans, ces trois-là, Eve, Hélio et Milan, ont transformé leur passion précoce pour la musique en un projet radical. Entre influences noise, rencontres déterminantes et une vision de l’amour comme arme politique, leur deuxième EP Love Loving incarne une maturité artistique qui défie les attentes. Rencontre avec le trio lors de leur passage au Chabada (Angers) lors du tremplin pour le Printemps de Bourges.

Bonjour Carnage Piknik, je voulais que vous me parliez de l'origine du groupe, quand avez-vous commencé, de quelle façon vous êtes-vous rencontrés ?

 Milan (batterie, chant) : Avec Hélio on est amis depuis très longtemps, on a commencé à faire de la musique ensemble en CM1-CM2 puis après au collège. Le groupe a vraiment commencé quand on a rencontré Eve au lycée, avec qui on partageait les mêmes influences musicales et la même énergie. Comme ça matchait on a fait un groupe tous les trois, et depuis ça ne fait que grossir.

Hélio (guitare, chant) : Je pense que plus on a joué ensemble, plus on a eu envie de développer le projet. C'est une passion qui s'est un peu révélée avec l'expérience, j’ai senti que ça me procurait des émotions que je n’arrivais pas à toucher d’une autre manière et du coup c'était hyper plaisant.

On a pu bénéficier aussi d'accompagnement, à l'époque on avait fait TDM dans les débuts du groupe, peu après la rencontre avec Eve, ça nous a permis un peu de nous trouver musicalement, et de comprendre qu'on avait en la capacité et la possibilité de créer des trucs qui nous plaisent et qu'on aurait envie.

 

En fait vous êtes hyper jeunes, quel âge avez-vous exactement ?

 Eve (Basse, chant) : 18-19 ans

 

C’est quand même un style qui est assez particulier, qu'est-ce qui vous a influencés pour, dès le début, jouer ce genre de musique ?

Hélio : Au début on était très Psychotic Monks on jurait que par eux, et ça nous a porté un peu de préjudice, parce ce que ça ressemblait trop. Mais en même temps quand on est jeune c'est normal que notre musique ressemble à quelque chose, ensuite ça a changé un peu. GILLA BAND un peu aussi, mais ça gravite toujours autour, puisqu'ils travaillent ensemble. Récemment c'est les groupes de notre label REVERSE TAPES, où comme on les côtoie, forcément on s'inspire un peu de la musique qu'ils font. Donc les STUFFED FOXES aussi forcément restent une grande source d'inspiration, et LOW RENT HOUSING aussi.

 

Au tout départ c'est venu de quoi, de votre cercle, ou des parents ?

Hélio : On a tous été biberonnés à la musique toute notre vie, je pense que chez chacun et chacune d'entre nous il y avait toujours un disque qui tournait, la musique fait partie de notre évolution, moi j'ai été grave biberonné à Sonic Youth donc ce sont des sonorités qui sont évidentes. Pour beaucoup ça ne paraît pas logique de commencer la musique par ça, mais c'est l'inverse qui serait dur pour moi en fait, je n'aurais jamais les capacités de composer un morceau tout propre, par là où la plupart des groupes auraient pu commencer. Donc c'est un peu la suite logique de tout ce que j'ai été amené à écouter dans mon enfance.

Mon père organise un festival, donc j'ai toujours été dans le milieu associatif, voir des concerts, assister à des balances, la mère de Milan est prof dans une école de musique…

Milan : l'Elastica Music, qui nous aide vachement aussi d'ailleurs dans plein de trucs de prod et d'accompagnement. C'est vrai qu'on a tous les trois été un peu « forcés » de faire de la musique. Un jour d'ailleurs avec Hélio on s'est dit que ce serait trop con de ne pas tenter quelque chose. On est un peu des Nepo Baby finalement, même Eve elle a une culture de toute la musique anglaise qui est assez folle.

 

Eve : C'est logique quand on grandit avec des choses comme ça, de continuer à écouter, c'est vrai que l'inverse serait étonnant. Après quand on est ado on a toujours la petite phase où on se rebelle, où on écoute des trucs différents. Je sais que j'écoute des trucs qui leur font saigner les oreilles, mais il y a toujours un point d'accroche.

 


Là, vous avez sorti votre deuxième EP, il s'appelle Love Loving, où a-t-il été enregistré en fait ?

 Eve : A Rennes, chez Thomas Pauly. On parlait de des Stuffed Foxes, ils ont enregistré leurs albums là-bas, et puis ils ont travaillé beaucoup avec Thomas. Il est très proche du label aussi. C'est vrai que quand on a vu le travail qu'il avait fait avec le dernier album des Stuff, on s'est dit que c'était vraiment super, on avait beaucoup parlé avec lui, on s'entendait bien. C'était aussi une volonté de notre part, d'aller chez quelqu'un avec qui on s'entend.

Hélio : Thomas a fait le mastering du premier EP, donc on avait déjà eu une première expérience de travail avec lui. A l’époque c'était un peu au hasard, on ne connaissait pas énormément son travail, ou tout du moins, on connaissait son travail, mais sans savoir que c'était lui. Et quand on a fait le lien, on est déjà fan de lui sans le savoir alors pourquoi ne pas tenter, on avait que des bons échos, on trouvait qu'il faisait du super taf, et on avait confiance aussi dans sa capacité de comprendre notre musique, et réussir à la retranscrire sur un disque, ce qui n'est pas simple pour une musique qui est autant vouée au live que la nôtre.

 

Sur ce deuxième EP, est-ce qu'il y a un truc commun sur tous les morceaux ?

Milan : Je pense que c'est la volonté de parler de l'amour comme une force politique, aujourd'hui on trouve ça essentiel. Notre musique est liée à un univers assez sombre, et globalement je trouve que le punk, aujourd'hui, change un peu de place dans la société. Il passe d'un truc très no future, à quelque chose comme prôner l'amour comme force de résistance, parce que c'est pile dans ce créneau là. L'amour manque de place dans le monde aujourd'hui, et du coup je crois que c'était hyper important pour nous de le crier haut et fort. Cet EP transpire pas mal l'amour, et puis aussi la radicalité, on était à un point de rupture, entre ce qu'on faisait avant où il y avait pas mal de fioritures : le premier EP est très produit, très réfléchi.

 Hélio : il a maturé hyper longtemps.  Parce que c'est le premier projet et pour un premier projet tu prends beaucoup de temps, tu te poses beaucoup de questions. Pour ce deuxième, on avait envie d'un truc plus radical, et plus brut, de moins se poser de questions, et d'aller droit au but, de voir ce que ça donne, et en fait il s'est avéré que ça nous plaisait, d'aller toucher des sonorités, des constructions de morceaux qui se posent peu de questions, autant dans le son que dans l'organisation des différentes parties des morceaux. Cet EP est assez libérateur, d'un point de vue musical, et aussi moral, avec tout ce discours de l'amour, dans un contexte qui est aussi grisant que celui qui est le nôtre, ça fait du bien aussi de pouvoir crier son amour, sur une musique qui contraste.

 


 

 

Pour revenir à l’EP, comment s’est cousu le lien avec Reverse Tapes ?

 Hélio : En fait, il y avait les Stuffed Foxes que j'avais vu en festival, j'avais pris une tarte immense, mais vraiment immense, et un soir on est allé voir PSYCHOTIC MONKS au Temps Machine (salle de Tours) justement avec Milan. Il y avait un petit stand Reverse Tapes, donc on a fait le lien, notre regard était porté vers ce label. Et passait un groupe au Mans, LOW RENT HOUSING, qui est un des side project des Stuffed Foxes, un groupe excellent. Je suis allé les voir et j'ai fait leur interview, donc par ce biais j'ai fait leur rencontre mais je ne voulais pas trop dire que je faisais de la musique, je voulais rester un peu secret là-dessus et il s'avère qu'ils sont tellement adorables, qu'on en est venu à parler beaucoup plus hors interview que pendant, et ils ont découvert qu'on faisait de la musique. Ils sont venus nous voir en concert, ils nous ont proposé de rejoindre le label, et nous, on était hyper flippés, c'était énorme de rejoindre un label. Donc on a refusé. On a refusé pendant un temps, par peur. Et c'est une fois l'EP terminé qu'on leur a envoyé et ils étaient en mode : «  putain c'est excellent, venez on le sort ». On a fini par se mettre d'accord pour une petite sortie en cassette. Depuis notre relation ne fait que se renforcer, je pense que c'est vraiment notre famille, on ne pouvait pas rêver mieux que d'évoluer dans ces conditions, parce que c'est une bulle d'amour de ouf.

 

 

De quels groupes du Mans êtes-vous proches ?

 Milan : on est proche d'assez peu de groupes, on est proche de gens de la musique, de Superforma, on est hyper proche des structures, qui nous accompagnent.

Hélio : il y a beaucoup plus de groupes de Metal, d'Hardcore, c'est une scène qu'on connait peu, et qu'on consomme peu, donc ce n'est pas vraiment des gens avec qui on évolue, même si on regarde, et qu'on trouve ça chouette, qu'il y ait une telle vivacité dans leur organisation. La seule personne dont on est vraiment proche, et qui a un projet qui sort du Mans, c'est Teenage Bed, mais qui a un projet radicalement différent du nôtre, puisque c'est un truc de folk, et c'est génial, je conseille à toute personne, d'écouter ce qu'il fait, mais c'est un peu la seule personne du Mans, qui a un projet, et avec qui on est proche.

 


Vous jouez souvent sur le Mans ? Parce qu'il y a l’air d’avoir pas mal de lieux ?

Eve : Oui, justement, on les a tous faits.

 Milan : Il y a le Scarron qui a ouvert, qui est le nouveau club de Superforma, la Smac Mancelle. On va y jouer le 7 mars, dans le cadre du festival Indérama, mais sinon, effectivement, on a beaucoup joué au Mans, et c'est normal, en même temps c'est un peu notre nid douillet.

Hélio : C'est pour ça que ça rend chaque concert génial quand on joue au Mans, parce qu’on a une vraie fanbase, et qui commence un peu à nous échapper, dans le sens où avant, il y avait beaucoup de gens dedans qu'on connaissait, c'est notre entourage. Et là où je suis assez fier de ce qu'on a réussi à faire, c'est qu'on a réussi à rassembler plein d'univers, de voir des têtes de gens qu'on ne voit pas du tout, qui se ramènent à nos concerts, et qui connaissent à fond ce qu'on fait. Par exemple, notre release party, c'était hyper beau, parce qu'il y avait une majorité de gens qu'on ne connaissait pas, qu'on n'avait jamais vus, alors qu'on traîne dans tous les concerts du Mans. On est contents de réussir à raviver une petite flamme noise, mais on essaye de moins y jouer maintenant, pour que quand on y joue, ce soit vraiment des chouettes. J'ai envie que tout le monde aille venir aussi, parce que ça va être une chouette soirée, au-delà du fait qu'on joue et qu'on va s'amuser, il y a MadMadMad, et Heavy Lungs, deux projets qui vont être trop bien, et nous, on est hyper heureux de partager la scène avec eux, le 7 mars.

 Eve : Et en plus, DaNY NEdelko (Heavy Lungs), c'est le meilleur ami du chanteur d'Idles. On a un peu l'impression qu'on va devenir potes avec Idles.

 


Ce soir vous jouez avec Rest Up avec qui vous êtes proches, c’est bien ça ?

Milan : C'est vraiment nos super potes. On a une histoire avec le guitariste qui s'appelle Simon, qui était le guitariste aussi d'un autre groupe dans lequel mon frère a joué, qui s'appelait Still, aussi sur Le Mans, qui s'est malheureusement éteint, comme groupe, mais qui a vraiment percé, c'était génial ! Avec Simon, on avait déjà un petit passif musical parce qu'à tous les concerts de Still, on était devant à crier toutes les paroles.

Hélio : En un sens, Simon a fait partie du fait qu'on fasse de la musique aujourd'hui, par ce groupe et par ton frère aussi.

Milan : mon frère m'a vachement motivé dans ce truc-là, c'était vraiment des motivateurs. Aujourd'hui, on s'est rejoints un peu avec Rest Up, on fait quelques dates ensemble, ils nous ont invités pour leur release à Paris, à la Mécanique ondulatoire. On se suit sur plein de points, c'est vraiment génial de se retrouver autant.

Hélio : d’un regard national, les gens ont l'impression qu'on est deux groupes de jeunes qui tapent dans un créneau où il n'y a pas beaucoup de groupes de jeunes. Les gens nous allient dans leur vision du truc. On se retrouve à faire de plus en plus de choses avec eux, c'est un peu les grands frères, quoi.



Interview Réalisée le 29/01/26 au Chabada (Angers) par J.Newsovski 



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