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samedi 25 avril 2026

LEFT BANK! / HEADS UP – split [EP]

 


LEFT BANK! / HEADS UP – split [EP]

Dispear Records

Quand deux groupes aussi complémentaires que Left Bank! et Heads Up décident de s’unir pour un split, le résultat ne peut qu’être explosif. Séparés par seulement 56 km (Nantes-Les Herbiers), ils partagent le même amour du punkrock mélodique. Dispear Records a eu la bonne idée de leur offrir un écrin à la hauteur de leur collaboration, avec une édition vinyle soignée. Il faut saluer le travail des graphistes qui ont travaillé aussi en collaboration sur ce très bel artwork : Julien Stylobic Lassalle et Kitch Kat.

Left Bank! ouvre le bal avec quatre titres qui ne laissent aucun répit. Dès Clouds, le ton est donné : un mur de guitares saturées, une rythmique implacable et une basse très intéressante. Hog, reprise de leurs camarades d’Heads Up est une belle surprise et se veut fidèle à l’originale, une chanson présente sur leur premier album (Let Things Happen – 2019). No Shallow et We’re Here enchaînent avec des mélodies qui restent en tête dans la grande tradition Fat Wreck Chords, Lagwagon en tête. Une prestation maîtrisée, avec une production impeccable.

Heads Up prend le relais sans temps mort. Right To Freedom impose dès les premières notes une rythmique chaloupée qui pourrait faire penser aux Satanic Surfers. A leur tour ils reprennent un morceau de leurs potes et ils ont choisi Fear, issu de Message in the Bottle (2024). Arrangé à leur sauce le morceau évolue dans une version ska-reggae très fun et solaire. You’re Not Alone appuie un peu plus sur le côté reggae, rappelant les albums récents de Mad Caddies. Le split se clôt avec The End Is Near, un retour au punk-rock pur et dur, qui rappelle que cette nouvelle génération a encore beaucoup à offrir.

 

Un split réjouissant qui met en lumière deux groupes prometteurs de la scène punk rock mélodique française. Left Bank!, avec leur énergie pure et directe, nous offre un condensé de punk rock efficace et sans concession. De leur côté, les Vendéens de Heads Up surprennent par leur éclectisme, naviguant avec brio entre punk rock énergique et reggae. Deux approches complémentaires, pour un résultat accrocheur !

J. NeWSovski

 

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mardi 21 avril 2026

NIGHTWATCHERS – Qu’importe la mort [EP]

 


NIGHTWATCHERS – Qu’importe la mort [EP]

Stonehenge Records

Nightwatchers de Toulouse est un groupe de punkrock aussi intéressant que rare. Leur musique, teintée d’un militantisme sans concession, en fait une formation consciente et réfléchie. Ce nouvel EP de quatre titres, Qu’importe la mort, est un manifeste contre les guerres et les tyrans, un brûlot contre une époque où les égos s’affrontent au nom d’une cupidité décomplexée. Si le message peut sembler prêcher des convertis, le public du groupe partage déjà très certainement ses convictions, il reste essentiel que des voix comme celle des toulousains continuent de s’élever, plutôt que de laisser le silence s’installer.

Côté musical, l’EP marie punk rock et post-punk avec une efficacité redoutable. Atomisés, le premier morceau, pose une ambiance envoûtante, prenant son temps pour installer une tension sourde. On y perçoit des influences de Not Scientists, avec une construction habile, même si la voix, parfois noyée dans le mix, gagnerait à être davantage mise en avant. La Loi du marché explose ensuite avec une énergie qui rappelle Youth Avoiders ou Patient Zéro : un titre percutant, porté par un refrain mélodique et des chœurs entraînants. Avec Dommages collatéraux, le groupe enfonce le clou, maintenant un rythme soutenu et une structure similaire, mais sans jamais tomber dans la redite. Enfin, Malemort surprend par son introduction en demi-teinte, où les riffs s’égrènent avant que le morceau ne s’emballe, révélant de belles parties mélodiques.

 

En quatre titres, NIGHTWATCHERS signe un EP court mais percutant, qui donne envie de les retrouver sur scène. Leur musique, à la fois engagée et accessible, mérite d’être découverte — d’autant que l’EP est disponible gratuitement sur leur Bandcamp et permet de découvrir pleinement les paroles si importantes.

 

J. NeWSovski

  

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jeudi 16 avril 2026

THE FLICKER – Darker

 


THE FLICKER – Darker

Twenty Something

 

Les angevins connaissent bien The Flicker, surtout son chanteur, Casbah, figure incontournable du microcosme rock local. On le connaît bien à travers ses précédents groupes : Casbah Club ou The Last Band In Town. Mais The Flicker c’est avant tout un groupe de vieux briscards qui transpire le rock et qui est là par passion et pour prendre du plaisir sur scène.

 

Ce nouvel album, leur deuxième après Your Last Day On Earth (2020), est une nouvelle fois enregistré par Camille Belin qui venait juste de finir la production de Big Big Smile de Fragile. Je dois avouer que le son est vraiment puissant et donne beaucoup de relief à la musique du groupe. Côté esthétique de l’objet, je suis moins emballé par l’artwork, simple, direct mais manquant d’originalité surtout comparé au précédent.

Dès l’ouverture avec Left In The Afternoon, on perçoit un punk-rock à l’ancienne, et c’est ce qui est particulièrement plaisant. En y regardant de plus près ce n’est pas étonnant car ce titre est, à l’origine, issu du répertoire du Casbah Club, joué sur scène mais jamais enregistré. J’apprécie la façon de chanter de Casbah, pas très courante à l’heure actuelle et c’est intéressant d’amener autant de variations. On citera forcément des références telles que The Clash ou certains groupes anglais comme les Buzzcocks pour le côté mélodique très présent. Et, parmi les titres marquants, j’aime beaucoup The Silo, rapide, efficace et sans fioritures, le riff de guitare sur les couplets est bien incisif et le refrain est fédérateur. C’est même, pour moi, le meilleur morceau de l’ensemble du répertoire du groupe. Le côté mélodique transparait à travers des titres comme Big Bad World ou le tube No Sorry No Sorrow au refrain digne des Thugs. Une influence que l’on peut retrouver sur un morceau comme So Pure, rapide et efficace qui n’est pas sans rappeler aussi Bad Religion. Last Day On earth vient faire un clin d’œil au premier opus qui portait déjà ce nom. On appréciera les chœurs faits par Camille Belin, et c’est classe que le chanteur de Daria ait prêté sa voix.

Le groupe offre avec Darker une version plus sombre de sa musique, le tempo est plus lent, l’ambiance plus inquiétante. Ce morceau se démarque mais amène une touche d’originalité et une cassure bienvenue dans l’album.

La reprise de Good Night Dresden, chantée en français, est un hommage audacieux à Extraballe, l’un des grands oubliés du rock hexagonal. C’est une première pour The Flicker et c’est intéressant notamment pour clôturer cet album.

Darker, deuxième album de The Flicker, est un bel album de rock au sens large avec une ossature punk. Très intéressant à écouter il permet de faire une liaison avec le style du début des années 90 et un son actuel. A découvrir aussi sur scène où le groupe prend une dimension encore plus grande.

 

J. NeWSovski

 

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lundi 6 avril 2026

ECHO SAYS ECHO – Aithaleia

 


ECHO SAYS ECHO – Aithaleia

Voice Of The Unheard

 

Pour commencer à parler de cet album, je me dois de parler du superbe artwork réalisé par Ariane Patenaude. Sorte de sablier, de mondes inversés avec des fractales numériques par-dessus. Au-delà de la beauté, il est intrigant et annonce l’immersion sonore qui suit. L’album en vinyle, s’offre sur un superbe splatter du plus bel effet. Certainement l’un des plus beaux objets entrecroisés depuis quelques années.

Echo Says Echo est un groupe de Paris qui joue du post-rock instrumental. Il y a beaucoup de sorties actuellement dans ce style ou beaucoup qui s’en approchent en proposant du shoegaze ambiant mais j’avais envie de parler de cet album précisément car il sort véritablement du lot.

Aithaleia est un mot qui évoque les cendres et le feu, c’est aussi le nom donné à l’île d’Elbe dans l’Antiquité et sa terre volcanique. Cet album s’écoute comme un voyage, six titres qui forment une seule et unique œuvre immersive à souhait.

Dès l’ouverture avec Noisy Cave, on sent de l’énergie, maîtrisée, calculée, façon Explosions In The Sky mais qui joue avec les contrastes pour offrir différents temps sur le même morceau. Les touches électroniques sont légères et apportent une ambiance intéressante. The Landing offre un autre visage, marqué sur des ruptures et une batterie dominante. La tension est grandissante et la puissance se libère. Volta Celeste est le morceau qui m’accroche le plus, le riff de guitare est obsédant sur la première partie et l’ambiance puissante et rapide est totalement captivante. En live ce morceau doit être super fort et intense. HHID alterne les ambiances durant ses sept minutes joue avec les contrastes, les temporalités, et une tension latente, puis Stuck In Eternity amène sa poésie. Le morceau était déjà sorti avant l’album complet et se visionne aussi en clip rappelant la pochette du dernier Tardis mais plus directement Interstellar. Le parallèle entre le film et la musique d’Echo Says Echo est d’ailleurs intéressant.

Le voyage sonore se termine avec le long et magnifique Dissensus sur lequel on retrouve ce climat enivrant. Les touches électroniques et synthétiques sont à nouveau présentes pour amener une touche originale.

 

Aithaleia est donc un très bel album, envoûtant et immersif. Il se révèle très riche et ne cesse de distiller ses charmes écoute après écoute. Hâte de découvrir sa transposition sur scène.

 

J. NeWSovski


 

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dimanche 29 mars 2026

.CHIRE – Notre Dame Des Tentes [EP]

 


.CHIRE – Notre Dame Des Tentes [EP]

Autoproduction

 

Montréal ne cesse de confirmer son rôle de place forte du rock canadien. Après Vulgaires Machins, Population II, Nobro ou Lost Love, voici .CHIRE et son punk « gériatrique » – un terme qui, rassurez-vous, ne reflète en rien l’énergie de ce quintet. Leur EP Notre Dame Des Tentes est une claque aussi bien musicale que sociale, où la rage et l’engagement se marient à des riffs tranchants et des voix éraillées. Bon, en voyant les photos des gars, je me rends compte qu’on a à peu près le même âge. Je vais donc considérer Les Rêveries comme un fanzine gériatrique aussi !

L’EP démarre fort avec Révolution (y’en aura pas) punkrock très efficace avec une grosse voix façon Gruff Punk et un chant en français teinté du subtil accent québécois si reconnaissable. Ça joue fort et ça joue vite, un vrai défouloir, les chœurs fonctionnent à merveille et la section rythmique est vraiment sympa, j’aime beaucoup la basse. Enchaîne ensuite C’est le premier tour de roue le plus rough, avec le deuxième chanteur qui prend le lead. Sa voix est originale et, avec ce texte, ça passe crème ! Le texte aborde le sujet de l’écologie et comment enrailler le mouvement de surconsommation, c’est intéressant.

Il y a toujours un engagement dans les textes, c’est le cas aussi sur Brûle ! Coderre, Brûle !, un morceau que j’affectionne particulièrement. Il va vite, la voix éraille de FO dessus fonctionne à merveille et la guitare est joueuse et balance quelques riffs bien sentis. Un très très bon morceau.

Notre Dame Des Tentes, morceau éponyme, est une plongée dans le Montréal des laissés-pour-compte. Le texte, poignant, décrit un campement de fortune face à l’explosion des loyers – un thème universel, mais ancré dans le réel (-30°C l’hiver, ça ne pardonne pas). Musicalement, les riffs en cascade et les changements de tempo évoquent l’urgence, comme si Hot Water Music avait croisé la route des Vulgaires Machins. Un excellent morceau.

Fuck Gagner me fait vraiment penser à un morceau de Guerilla Poubelle, un brûlot punk rapide et direct. Un texte qui aborde, une nouvelle fois, un sujet sociétal.

 

Notre Dame Des Tentes est un EP sans concession, où le punk retrouve sa fonction première : dénoncer, rassembler, et surtout, faire bouger. .CHIRE prouve qu’on peut être « gériatrique » sans rien perdre de son mordant, et qu’à Montréal, la scène punk francophone a encore de beaux jours devant elle. À suivre de près, donc.

J. NeWSovski

 

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mercredi 25 mars 2026

WETWALLS – démo

 


WETWALLS – démo

Bus Stop Press

Marseille voit émerger WETWALLS, un collectif qui rassemble d’anciens membres de Wake The Dead, Water Mane, Joyblasters et Third Memory – des noms familiers pour les habitués des Rêveries. Cette démo, disponible en cassette, propose six titres (dont une intro et une outro) pour un voyage intense de 14 minutes.

C’est une démo, et le rendu sonore en porte les traces : un mixage un peu compressé, presque étouffé, qui ne rend pas encore justice à la musique du groupe. Mais derrière ces arrangements un peu bruts, l’énergie transparaît. Dès In Neutral, WETWALLS dévoile un post-hardcore viscéral et mélodique, où les chants se mêlent à des lignes musicales soigneusement ciselées, ça part en screamo.

Neon Sky confirme cette impression, avec une tension et une intensité palpable et des mélodies qui s’étirent. Split Soul, quant à lui, ouvre une brèche vers des horizons plus ambitieux : on devine un groupe capable de déployer des morceaux encore plus atmosphériques, tout en gardant cette énergie électrique qui les caractérise.

 

 

Une belle découverte, on attend la première sortie « officielle » avec impatience parce qu’on a affaire à un groupe talentueux !

J. NeWSovski

 

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mardi 17 mars 2026

THE DRUGSTERS – S/t

 


THE DRUGSTERS – S/t

Dispear Records / L’Ouïe pleure

Bam Bam Bam, The Drugsters viennent du Sud-Ouest, de Bayonne, Euskadi baby ! Et ce groupe cartonne comme jamais ! Il amène avec lui un vent frais issu de la fin des années 80 et qui sent bon le début des 90’s. En regardant d’un peu plus près à travers le livret de la cassette, Dispear oblige, on retrouve Thomas d’Unlogistic au chant et à la guitare ainsi qu’un ancien The Cabrones mais surtout Claudy Bastard FM : Milooz. Et ça, ça parlera aux plus vieux lecteurs des Rêveries toujours dans l’ivresse de la salle enfumée du Blues bar. Suite à l’enregistrement Seb de Seven Hate, légende parmi les légendes, a rejoint le groupe à la batterie ainsi que Francis (Rodeo Idiot Engine) à la guitare.

L’album s’ouvre sur un punkrock direct avec des morceaux comme Chemical Ride qui me rappelle au bon souvenir du premier album des Burning Heads. Ainsi que Boomers With Attitude qui démarre avec un petit extrait de l’Arme Fatale avant que le refrain abrasif nous entraîne tous avec son « we are the boomers ». J’adore le chant éraillé de Thomas, juste ce qu’il faut.

Not Today sonne comme les Descendents, c’en est même troublant, le son, le ton éraillé, l’énergie… Un chouette morceau ! Not Punk Enough est efficace, un peu plus en retrait vu les autres chansons. John Connor débute la face B avec un sample de… Terminator 2. Un vrai film de boomer pour sûr ! L’alternance entre les chants des deux Thomas est intéressante et le morceau amène une vraie intensité pertinente. Le morceau qui ressort du lot est No Control, le refrain est bien senti et le groupe y développe de belles mélodies. Tout se termine avec Stadium Rock, taillé pour la scène, il va faire chanter le public même si je trouve qu’il aurait mérité un tempo plus rapide pour distiller un peu plus d’énergie.

L’enregistrement respire l’authenticité, certes il n’aura pas le prix du meilleur son 2026 mais c’est aussi ce qui fait son charme et rappelle justement la fin des années 80, et toute une floppée de groupes, The Descendents en premier !

 

The Drugsters est une belle surprise et ce mini-album (9 titres, 21 minutes) s’annonce comme la bande-son idéale de ce printemps. On va vite les découvrir sur scène et ça s’annonce de très belle manière !

J. NeWSovski

 

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lundi 9 mars 2026

LA DEBÂCLE – Manquer d’air [EP]

 


LA DEBÂCLE – Manquer d’air [EP]

Araki Records / Cœur Sur Toi / Kravache

 

Voici le premier EP de ce nouveau groupe Toulousain qui avait déjà préparé le terrain en sortant une démo en 2024. Cette fois-ci la production est plus soignée avec Julia Soula qui s’en est chargée.

Trois titres seulement mais de belles promesses avec une base de son très punkrock façon Charlie Fiasco, référence locale pas si anodine car la voix de Mathieu ressemble beaucoup à celle de Romain des Charlie.

L’EP s’ouvre sur La Tangente, un morceau qui pose immédiatement les bases : un punk-rock mélodique, des chœurs bien placés et une énergie bien présente. Mille Éclairs enchaîne avec intelligence, alternant entre passages punk-rock et mélodies post-hardcore, le tout servi par des textes en français bien sentis. Enfin, Manquer d’air clôt l’EP en appuyant davantage sur les contrastes. Le morceau démarre rapidement avant de se poser et développer des moments doux et aériens, puis une longue montée en puissance pour un final explosif.

Trois titres, c’est court, mais suffisant pour donner envie d’en entendre plus. La Débâcle vient de sortir ici, un premier EP qui servira de support idéal pour démarcher les salles et se faire une place sur scène. À suivre de près, donc.

 

J. NeWSovski

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jeudi 5 mars 2026

DIRTY CLOUD – New Flesh

 


DIRTY CLOUD – New Flesh

Flippin’ Freaks Records

Décidément, la scène rock rouennaise regorge de groupes passionnants : MNNQNS, SERVO, YOU SAID STRANGE ou encore WE HATE YOU PLEASE DIE. Et la liste est loin d’être close. Elle s’allonge aujourd’hui avec une nouvelle pépite locale : DIRTY CLOUD. Repéré il y a trois ans par Raphaël Balzary, ex-frontman de WE HATE YOU PLEASE DIE, le trio revient avec « New Flesh », un premier album qui impressionne autant par sa fougue que par sa maturité. À peine majeurs, les trois énergumènes livrent une musique dense qui oscille entre urgence punk et échappées expérimentales. Leur style s’est largement affiné depuis leur premier coup d’essai (le EP « Straight-Jacket »).

L’étrangeté ouvre le bal avec “Soft Machine”. Deux minutes d’ambient et de bidouillages sonores, presque abstraites. Une introduction déroutante, parfaite rampe de lancement pour la bombe “Tiny Shoes Cause Blister”. Porté par une rythmique martiale, le morceau navigue entre punk, noise-rock et post-punk avant d’opérer, à mi-parcours, une bascule inattendue vers des textures plus shoegaze, presque atmosphériques.

Autre évidence, la palette vocale de Julien est incroyable. Puissante, modulable, capable de descentes abyssales comme de fulgurances stridentes. On pense aux regrettés tRuckks et au chant possédé de Leny, capable lui aussi d’embrasser des territoires proches du death-métal. DIRTY CLOUD flirte d’ailleurs avec ces extrêmes sur la fin de l’expéditif “Stimfapping” où le chant guttural surgit sans prévenir.

Limbic System” (1 minute 20 à peine), maintient la cadence et rappelle les débuts d’ICEAGE. La tension reste palpable sur « Straight Men » et ses guitares débraillées. Mais le trio ne se contente pas d’aligner les uppercuts. Il aime brouiller les pistes. Les cinq minutes de “Skin Crawling” en sont la preuve. La basse minimaliste et le spoken words inquiet de Julien subissent progressivement quelques dissonances. Puis la batterie et les guitares noisy font irruption. DIRTY CLOUD joue beaucoup sur le tempo, les changements de rythme sont légion jusqu’au final agressif.

Voix plus grave et ambiance plus post-punk sur les premières notes de “777555/Scum”. Un morceau au titre bien mystérieux qui prend ensuite des chemins plus punk et noise-rock (dans sa 2ème moitié). Plus posé et lancinant, « Travis the Chimp » est dominé par le chant habité et changeant de Julien. L’album touche déjà à sa fin avec l’étonnant « Garmonbozia ». Une simple guitare acoustique reprend en boucle quelques accords pour un final 100% instrumental. Le calme après la tempête.

Le premier album de DIRTY CLOUD est un disque tendu, incarné et parfois inconfortable. Avec « New Flesh », le groupe rouennais frappe un grand coup et affirme déjà une identité singulière. Et laisse présager un avenir prometteur.

 

Mr Caribou

 

Titre préféré : « Tiny Shoes Cause Blister »

 

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dimanche 1 mars 2026

YOUTH AVOIDERS – Defiance

 


YOUTH AVOIDERS – Defiance

Dispear Records / Destructure records

Huit ans séparent Défiance de Relentless, le second album des Parisiens. Une longue période durant laquelle le groupe a vécu beaucoup de hauts avec des concerts partout à travers le monde mais aussi des bas qui les ont obligés à changer de line-up et notamment se séparer de leur bassiste, suite à une agression sexuelle. Ce nouvel album est donc une surprise. Une excellente surprise même. Et dès les premières notes on reconnait les marqueurs du groupe avec un son caractéristique et un chant original.

Endless Fight démarre avec une énergie communicative, punkrock pleine balle, hardcore old school. Le groupe joue vite, à la manière des Nantais de Circles avec lesquels ils partagent de nombreux points communs.

Le tempo est frénétique sur Fed Up Of Their Lies qui montre que Youth Avoiders est toujours un groupe avec des paroles engagées. Les mélodies ne sont pas oubliées comme sur Solidarity with the oppressed ou Nowhere to go où la voix de Christopher se pousse dans ses retranchements. Les titres s’enchaînent, pas moins de 10 pour 20 minutes, la messe est vite dite, mais on notera quelques excellents brûlots comme Real Life Awaits Us ou Short Fuse. J’apprécie particulièrement la guitare de Christoph, d’une efficacité implacable sans distorsion et le jeu de batterie ultra efficace de Marlon.

 

L’enregistrement a été réalisé en deux temps entre Aout 2024 et Novembre 2025 signé Nicolas, qui assure aussi la basse, est d’une justesse remarquable. Quant à la pochette signée par Gaspard Le Quiniou d’Arrache-toi un Œil, elle est vraiment magnifique, c’est une des plus belles que j’ai pu voir ces derniers temps, bravo !

 

Defiance est l’un de ces albums incontournables de ce début d’année. Il marque le retour de Youth Avoiders et c’est une excellente nouvelle ! Il s’écoute en boucle et je ne peux que le conseiller vivement !

 

J. NeWSovski

 

 

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jeudi 26 février 2026

THE TACT – Fizzy Life

 


THE TACT – Fizzy Life

Tic & Tact Records


The Tact signe ici son deuxième EP, Fizzy Life, une bouffée d’air frais qui sent bon le printemps. Atypique à plus d’un titre : non seulement le duo se limite à une guitare et une batterie, mais il est aussi formé d’un père et de son fils. Originaires de Corbelin, un village niché au pied des Alpes, ils ont commencé leur aventure en 2022.

L’EP s’ouvre sur Don’t Care, un single déjà rodé depuis plusieurs mois. Un choix judicieux : ce morceau détonne, alliant une énergie rock’n’roll pure et un côté accrocheur qui en fait un tube en puissance. Proud Of Your Genes poursuit sur cette lancée puis Fizzy Life avec son riff de guitare percutant et un filtre vocal renforce l’aspect groovy. Le jeune chanteur avec son accent et son phrasé haché, laisse entrevoir une marge de progression. Une idée à creuser : pourquoi ne pas tenter quelques titres en français pour varier ?

Part Of The Game marque un virage mélodique, moins rock et plus aérien, avec une touche psychédélique qui surprend et séduit. Quant à At One, son tempo plus lent et ses sonorités indie-pop en font un morceau à part, presque contemplatif et rappelle l’influence The Strokes.

 

The Tact est un groupe solaire. Au-delà de leur formule atypique, père et fils livrent un rock’n’roll teinté de garage et d’indie-pop, frais et embarquant. Un EP à découvrir sans attendre – et à suivre de près !

J. NeWSovski

 

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dimanche 22 février 2026

RANDOM HEARTS – Love PTSD

 


RANDOM HEARTS – Love PTSD

MA Såret Rec, Araki Records, Asso MIGHTY WORM, Dingleberry Records, Affliction Records, Emergence Records.

 

Love PTSD de RANDOM HEARTS était l’une des sorties les plus attendues de mon agenda 2026. Les deux extraits dévoilés fin 2025, quelques mois avant la sortie officielle, avaient suffi à confirmer mon intuition : ce premier album promettait de tout renverser. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il tient ses promesses.

Formé en 2022 à Besançon, RANDOM HEARTS rassemble des têtes connues de la scène locale : Jean-Philippe (ex-Nothing To Prove) et Rémi (ex-Wendy’s Surrender), rejoints par Thomas et Hervé, tous deux issus de Jack And The Bearded Fishermen. Une alchimie qui se ressent dès les premières notes.

À l’écoute, l’influence de Jack ATBF est immédiate — et pour cause, la proximité entre les deux groupes est indéniable. Mais là où Jack ATBF mise sur une énergie brute et directe (comme en témoigne leur Naked sorti quelques mois plus tôt), RANDOM HEARTS creuse un sillon plus atmosphérique, plus mélancolique. Les guitares, à la fois massives et subtiles (Before We Met), laissent une large place aux mélodies, tandis que le chant, volontairement en retrait, sert avant tout la puissance collective. Un équilibre rare, qui rappelle par moments l’esprit de Watertank — notamment sur des titres comme Fences ou Slow Burn, où les atmosphères prennent le pas sur la frénésie.

L’album oscille entre deux âmes : d’un côté, la lourdeur post-hardcore d’un Recede Into Shadows, typique de la scène bisontine (lourd, puissant, mélodique) ; de l’autre, une mélancolie plus introspective, comme sur Past Tears, qui n’est pas sans évoquer Second Rate. Un mélange qui donne à Love PTSD une identité forte, entre rage et nostalgie.

Et puis, il y a ce parfum inégalable des années 90, celui d’un Quicksand en pleine possession de ses moyens, quand le post-hardcore flirtait aussi avec le punk et le grunge sans jamais s’y noyer.

RANDOM HEARTS signe ici un premier album solide, homogène, et surtout, profondément sincère. La claque de ce début d’année qu’il me tarde de découvrir sur scène !

J. NeWSovski

 

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mercredi 18 février 2026

VULGAIRES MACHINS – Contempler l’abîme

 


VULGAIRES MACHINS – Contempler l’abîme

Kicking Records

 

Il y a un an, je me plongeais avec délice dans le livre consacré aux Vulgaires Machins, retraçant l’histoire du groupe punk rock le plus emblématique du Québec. L’arrivée, fin 2025, de ce nouvel album m’offre une autre perspective pour (re)découvrir leur univers.

Et c’est avec le somptueux Terminé le fun que démarre ce 9ème album. Un texte alarmiste à l’ambiance pesante qui s’attaque au consumérisme, un thème central des paroles des Québécois. Oser lancer un nouvel opus avec un morceau aussi long, atypique et audacieux relève du pari risqué. Pourtant je dois avouer que j’aime énormément. Et puis quand la guitare arrive, l’intensité se décuple. C’est vraiment original et percutant. Le second titre est sans hésiter mon coup de cœur : Om Mani Padme Hum. Textes et musique s’y entremêlent à la perfection pour offrir l’un des morceaux qui incarne l’essence même du quatuor. De la même manière Me Croire Seul à Me Croire Inutile est un morceau poignant, avec un refrain puissant où les deux voix s’harmonisent parfaitement, c’est vraiment très joli. Un texte poétique sur une rythmique soutenue.

Libérer la foudre figure aussi parmi morceaux marquants, la rythmique en mid-tempo vient mettre en avant un superbe texte qui est sublimé par l’accompagnement de l’orchestre symphonique de Budapest. Il confère à ce morceau un caractère grave et grandiose.

Les Vulgaires Machins révèlent une facette plus pop (il faut se jeter à l’eau ; lorsque je m’arrête) s’éloignant du punkrock. Deux morceaux chantés par Marie-Eve qui est en lead vocal sur beaucoup de morceaux sur cet album, ce qui est une bonne chose.

Faire Sécession avec son intro rappelant The Decline de NoFX s’impose comme l’un des morceaux les plus punks de l’album.

Certains titres m’ont moins convaincu, comme Travail à la chaîne, à la tonalité trop légère sur ses couplets. J’apprécie en revanche la tension qui monte sur l’effondrement qui vient, j’aime beaucoup son refrain aussi. Cette fois ci le chant est partagé à trois avec le featuring de Jenny Salgado, rappeuse Québécoise du groupe Muzion. Malgré son texte incisif On lâche pas la gagne, on continue !, ne m’accroche qu’en partie.

Petit point sur la jolie photo qui sert de pochette à l’album qui sert de réflexion et de miroir au premier morceau : c’est terminé le fun ! Elle est efficace et c’est un excellent choix.

Ce nouvel album des Vulgaires Machins ne vous fera ni danser ni pogoter, mais il va nous faire réfléchir. Les Québécois s’affranchissent des codes qui régissent le style et nous offre un très bel album atypique, conscient et engagé.

J. NeWSovski

 

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samedi 14 février 2026

JETSEX – Down! Down! Down!

 


 

JETSEX – Down! Down! Down!

Dispear Records / Chanmax Records / Jazz Wreck / Kick Your Asso

L’album Down! Down! Down! de JETSEX est sorti à une période peu propice à l’attention médiatique : fin d’année, saturation de sorties… Pourtant, un nouvel opus du groupe parisien mérite mieux qu’un silence radio. Car JETSEX, c’est une institution du punk rock français, marquée par des albums comme Paris By Night (2004) ou Sexually Challenged (2009), et des splits mémorables avec les américains de Murphys Law (2001) et Justin(e) (2007). Leur énergie scénique et leurs concerts à travers le monde (États-Unis, Japon, Mexique) ont forgé leur réputation avant leur séparation en 2011.

En 2024, le groupe se reforme et enchaîne les dates, de la Brasserie la Muette au festival In Your Face. L’enregistrement d’un nouvel album s’imposait naturellement. Avec une surprise tout de même : Pat, figure légendaire du punk français (Frustration, Les Cavaliers, Last Night, Actions Fall Short…), est absent de l’enregistrement malgré sa présence sur scène lors des concerts de réunification.

Down! Down! Down! confirme que JETSEX n’a rien perdu de sa verve. Dès Avigdor Arikha, le ton est donné : riffs agressifs, basse virevoltante, et des featurings de choix pour les oreilles avides de chœurs (Tomoï des Burning Heads/Lion’s Law, Barry de RKL). Shit Me Not et Down The Rabbit Hole (déjà dévoilé en single) enchaînent avec une énergie punk-garage contagieuse. Light Over The Darkness offre une « pause » mid-tempo, rappelant les Bouncing Souls, notamment sur le chant de Miko, tandis que Inside et Hit The Switch prouvent que la section rythmique, portée par Jimmy Jazz, reste une force majeure du groupe. Son travail à la basse est énorme et donne un son vraiment unique au groupe.

Avec des titres comme Black Map ou Came With A Warning, JETSEX livre un album cohérent, où chaque morceau trouve sa place. La clôture, Hello We Gotta Go, surprend par sa structure avec une introduction poséeavant d’emprunter quelques codes au hardcore.

 

Ce retour de Jetsex est donc une excellente nouvelle avec un album détonnant de pur punkrock déchaîné. Les dates de concerts s’annoncent un peu partout et ce sera le moment parfait pour profiter de cet excellent groupe bien trop méconnu.

 

 

J. NeWSovski

 

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jeudi 5 février 2026

LA FAIBLESSE – Un jour après l’autre

 


LA FAIBLESSE – Un jour après l’autre

Guerilla Asso / Twenty Something

 

Voici l’un des groupes les plus prolifiques de notre scène française et pourtant ce n’est pas un de ceux dont le nom revient le plus régulièrement dans les fanzines et webzines. Peut-être est-ce dû à la difficulté de le classer ? Où son positionnement de groupe post-Hxc, post-metal, screamo chanté en français ? Peu importe les étiquettes finalement car leur musique frappe par son authenticité qui traverse les styles.

 

Sorti en toute fin d’année 2025, Un jour après l’autre est le troisième album de La Faiblesse en trois ans. Dans La Chute les Parisiens plantent le décor avec une tension électrique et des guitares tranchantes. Les deux chants (Paul et Christelle) appuient fort. Avant la fin met en avant une mélancolie latente. La rythmique y est lente, le chant de Paul est torturé tandis que les textes de Christelle sont déchirants. Par la suite Se Lover Dans L’Ombre amène un peu plus de clarté dans ce début d’album. Les mélodies sont plus enjouées même si stagne une certaine tristesse dans l’aura de ce morceau. La lumière transparait aussi à travers seul, chanté en anglais et davantage encore mélodique.

J’aime le côté plus offensif de Partir avec son riff de guitare très incisif, le morceau est puissant et d’une grande densité, c’est aussi le cas de Au-delà du mal qui démarre en trombe pour s’éteindre ensuite et donner naissance à Funambule qui clôt l’album. La Faiblesse amène beaucoup d’intensité dans le contraste entre les passages doux et l’alternance avec la puissance des passages screamo (dans la nuit)

Les textes sont au cœur de cet album et j’aime l’écriture que je trouve emplie de mélancolie (Croire à demain ; funambule).

Coté son, un jour après l’autre a été enregistré au Studio UFO par Alexandre Mazarguil et il est vraiment parfait avec un subtil équilibre entre les instruments et les voix. La pochette reste dans la tradition du groupe à savoir un sobre photo des quatre membres du groupe. Celle-ci se révèle tout de même bien plus sombre que celle de l’album éponyme révélant peut-être une noirceur plus intense de l’album.

 

Un Jour Après L’Autre est un magnifique album empreint de mélancolie et de douleur parfaitement porté par la complémentarité des deux chants. Ce groupe atypique possède la qualité de nous immerger dans son monde. Un album riche, dense et terriblement abouti.

 

J. NeWSovski

 

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samedi 31 janvier 2026

LOONS – Life Is

 


LOONS – Life Is

Howlin Banana / Head Records / Les Disques du Paradis

 

LOONS fait partie de ces groupes précoces dont on vante la qualité partout en France, un peu à la manière de Lysistrata il y a quelques années ou de Rest Up aujourd’hui… Les trois minots viennent de Montpellier, ont déjà sorti un EP en 2022 et secouent toute la scène avec ce premier album, Life Is, sorti en coproduction chez le très prolifique Howlin Banana, Head Records et Les Disques du Paradis.

L’album est produit par un orfèvre : Amaury Sauvé. Le lavallois est devenu un maître quand il s’agit de donner un son énorme à un groupe. On connaît la qualité de ses travaux avec Amanda Woodward, Birds In Row, Wank For Peace

 

LOONS, qui signifie « fou » ou « dérangé » en anglais commence très fort avec Among The Mourners.  On découvre un punk aux racines grunge prononcées avec de belles mélodies, une voix claire, un passage calme et un plus rugueux : de bons ingrédients pour un superbe morceau de début d’album. On apprécie aussi Fight Scene avec son sens des mélodies et son refrain ultra accrocheur, le morceau se durcit et devient rageur. Ce côté un peu fou on le retrouve également sur Stef qui se fait plaisir dans sa deuxième moitié en partant dans des délires sonores. Le côté indie pop ressort sur My Way, Spectre ou Now I Sigh avec leurs refrains bien sentis. Loons me rappelle alors les bordelais de SIZ. Puis le groupe va plus loin et s’aventure sur des pistes post-hardcore (Katag) jouant sur l’émotion. Solar se révèle très pop et aérien, cassant volontairement la fougue du début de l’album. Et il est intéressant de voir ce jeune groupe, dès son premier album offrir autant de variété et de maturité. Bravo !

 

Un joli album qui rappelle les années 90 alors que ses membres ne les ont pas connues. C’est intéressant ! Mais surtout, c’est superbement bien fait. Life Is navigue avec une habilité déconcertante entre morceaux énervés grunge, mélodies précises et touches pop. Une belle découverte !

 

J. NeWSovski

 

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lundi 26 janvier 2026

ARNAUD FOURNIER – 100% Black Puzzle

 


ARNAUD FOURNIER – 100% Black Puzzle

Ici d’Ailleurs

Quand bien même 2025 se situe désormais dans notre rétroviseur, il serait fâcheux de ne pas se pencher sur quelques grands « oubliés » de l’année écoulée. L’album d’Arnaud FOURNIER avait échappé à nos radars et il aurait été franchement dommage de ne pas prêter une oreille attentive au premier disque solo de ce talentueux multi-instrumentiste (guitare, cuivres…).

Originaire d’Angers mais installé à Nantes (un homme des Pays de la Loire en somme), Arnaud FOURNIER est loin d’être un novice. On lui doit plusieurs projets devenus cultes : LA PHAZE, DEAD HIPPIES ou encore HINT. Et c’est précisément à ce dernier que renvoie « 100% Black Puzzle », son projet solo. Pour la petite histoire, la première salve du duo inclassable s’intitulait « 100% White Puzzle ». Trente ans plus tard, Arnaud FOURNIER, toujours aussi libre et inspiré, pousse encore plus loin le champ des expérimentations.

L’album s’ouvre sur le morceau éponyme, dans une douceur trompeuse faite d’arpèges délicats. Une pièce maîtresse de près de dix minutes dont l’univers sonore évoque d’abord Maxime DELPIERRE, autre artiste ligérien. Le gimmick de guitare, entêtant, installe un climat apaisé. Le calme avant la tempête. Car la trompette réconfortante marque bientôt un point de rupture :  l’orage gronde, le titre s’assombrit, se fait plus dissonant. Distorsions de guitare, cuivres stridents et bidouillages électroniques tordus prennent le dessus, jusqu’au retour salvateur de la boucle de guitare et d’un saxophone plus jazzy, pour un final plus doux. « 100% Black Puzzle » débute magistralement, avec une ouverture post-rock de très haute volée.

Arnaud FOURNIER est un touche-à-tout, et son parcours en atteste. Il s’est toujours affranchi des étiquettes et des carcans. « It’s The Leaving That’ll Kill You » en est la preuve éclatante, prenant le contre-pied parfait du morceau précédent. Plus classique dans sa structure, cet unique titre chanté porté par une vieille connaissance (David IVAR d’HERMAN DUNE), nous entraîne du côté du folk-rock américain le plus raffiné. La voix féminine pour les chœurs et la trompette chaleureuse confèrent à l’ensemble une élégance indéniable. Retour ensuite à des explorations 100 % instrumentales avec « New-York Belle-Île », courte pièce de trois minutes qui invite au voyage. D’abord guidée par une trompette aguicheuse, elle bifurque rapidement vers des terrains plus noisy et chaotiques. Arrive alors la plage la plus longue de l’album, « Miroirs ». Douze minutes assez hallucinantes. Arnaud FOURNIER y convie un autre invité de prestige : Frédéric D. OBERLAND des magnifiques OISEAUX-TEMPETE. Impossible de ne pas penser à eux dans ce mélange détonant de post-rock, free-jazz et ambient. L’atmosphère, d’emblée sombre malgré la présence de cuivres et d’étonnantes clochettes, repose sur un drone inquiétant. La tension monte progressivement, le saxophone se fait plus strident. Puis, surgissant de nulle part, un beat techno fracture le morceau, tandis que les guitares s’enfoncent dans un chaos de plus en plus noisy. L’impression d’assister à une collision improbable entre FUCK BUTTONS et GODSPEED YOU ! BLACK EMPEROR. Magistral. À peine le temps de reprendre son souffle que les bourdonnements et sirènes anxiogènes de la dernière pièce, « Shiny Rebirth », surgissent. Dix minutes d’angoisse pure, comme une bande-son horrifique, marquant le retour du complice des débuts Hervé THOMAS. Saxophone déviant, nappes oppressantes, drones poisseux et saturations se confondent peu à peu. Une ultime pièce venant compléter ce fascinant puzzle noir.

Avec « 100% Black Puzzle », Arnaud FOURNIER signe un coup de maitre. Une œuvre dense, exigeante et sans concession. Indispensable pour les amateurs d’expérimentations sonores et de post-rock aventureux.

 

Mr Caribou


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